Afrique du sud
6 août, dernière traversée du Kalahari
Le Kalahari que j’avais traversé d’est en ouest en Namibie, se poursuit très loin vers le sud, si bien qu’ici nous le retrouvons dans la partie nord du pays. Ce sont encore 400 km de semi désert, en tous points semblables au Kalahari namibien.
La route est parfaitement droite et, aussi loin que l’horizon apparaisse dans ce paysage presque totalement plat, on la voit qui chemine à l’infini, long ruban d’asphalte brillant comme l’acier. Il faut rester très vigilant au volant pour ne pas prendre trop de vitesse ni s’assoupir dans ces conditions. Je ne rencontre rien pendant tout ce long trajet, si ce n’est une sorte de vagabond blanc à la tête chenue qui fait du stop, et des vols d’hirondelles très bas qui risquent à chaque instant de s’écraser sur mon pare-brise.
La musique me porte dans ce road movie, et j’y prends beaucoup de plaisir. Je dois dire adieu au désert cette fois ci pour de bon. Je ne le retrouverai plus dans le sud du pays, ni ailleurs sur mon chemin, sauf peut-être dans l’out back australien. Il y a presque un mois que j’en ai plein les yeux et les narines. C’était encore plus extraordinaire que je l’aurais cru, beaucoup plus immense que je pouvais le concevoir et très différent du Sahara. Aucun désert ne ressemble à un autre, et celui là est à mes yeux, pour le moment, unique au monde.
Je ne sais pas où je me rends, si ce n’est que cela s’appelle Calvinia, un tout petit point sur la carte, où je serai obligée de faire étape pour la nuit. J’aime beaucoup cette idée d’avancer vers un lieu dont je ne sais rien. C’est un sentiment que je ne pouvais pas avoir en voyageant en groupe ou en me laissant guider par un livre de voyage. N’ayant rien d’autre que ma carte, je me dirige vers des noms mystérieux, sur lesquels je n’ai aucune information, si ce n’est parfois une indication du relief environnant. A Calvinia, il y a des montagnes, indique ma carte rédigée en espagnol !
Calvinia apparaît effectivement au pied d’une imposante chaîne de montages vertes et parfaitement tabulaires, qui marque bien la fin du désert. Le soleil bas est éblouissant quand j’y parviens. C’est une petite ville proprette, toute blanche, et déserte en ce samedi soir, faite de petites villas. Un hôtel propose des chambres confortables et peu chères. Je vais passer la nuit ici, mais ce n’est pas l’envie qui me manque de faire un détour par la petite route qui semble conduire jusqu’aux sommets. Demain peut-être. Et pourquoi pas ? Rien ni personne ne m’en empêchent !
L’hôtel est à la fois sinistre et drôle. A mon arrivée, c’est au bar que je dois demander si une chambre est disponible. Une horde d’hommes trapus et baraqués est ivre de tequila en ce samedi soir, et m’en propose immédiatement un verre, que je refuse bien entendu. Ils regardent un match de rugby, et ressemblent d’ailleurs tous à des rugbymen aux crânes rasés La chambre est gigantesque mais quasiment pas meublée, à l’exception des deux lits. La salle de bains possède une grande baignoire à l’ancienne mais pas de douche. Le dîner dans l’immense salle à manger, ornée de chaises en skaï des années 50 et de statuettes en plâtre et en faïence d’angelots 18ème siècle, est surréaliste. La radio diffuse des chansons d’Elton John revisitées par je ne sais quel chanteur local, tandis qu’au bar commence un karaoké endiablé que l’on entend parfaitement bien aussi. C’est très désuet et très laid, triste et gai en même temps, mais il me manque un convive pour en rire.
J’avale à grande vitesse mes calamars, somme toute mangeables. Je n’aime pas traîner à table toute seule pendant ces dîners. C’est là que je ressens le plus la solitude comme un poids. Le moment du repas est vraiment fait pour le partage, et manger seule me pèse.
J’aimerais bien avoir quelques nouvelles du monde, et la télé d’ici n’en semble pas friande. Elle diffuse avec moult détails tous les résultats sportifs, puis passe à un ou deux sujets locaux, et c’est tout. Je sais donc que le président du Soudan est mort hier dans un accident d’hélicoptère, mais cela ne suffit pas à nourrir ma curiosité sur la marche du monde ! Donc quelques questions qui restent pour moi sans réponses :
Quel mauvais coup nous prépare t-on cette année pour le mois d’août en France ? Sarko a-t-il retrouvé Cécilia ? Quid de la constitution européenne depuis le référendum ? L’attentat de Londres a-t-il été revendiqué ? L’été est-il caniculaire ou au contraire pourri ? Nos paysans demandent-ils à être indemnisés pour trop de pluie ou pour la sécheresse ? Combien de morts économisés sur les routes depuis la mise en place des radars ? Combien d’hectares de pinède déjà brûlés dans le midi ? Quel est le taux d’occupation des hôtels de la côte d’azur ? Combien de morts de faim chez les SDF depuis la fermeture annuelle des Restau du Cœur ? Combien de morts de soif chez les vieux depuis le début des grandes chaleurs ? Combien de chiens abandonnés a recueillis la SPA depuis les congés annuels ? Combien de noyés dans les mers, d’ensevelis dans les neiges, d’écrabouillés dans les carambolages, de brûlés dans les incendies ?
Je ne suis donc pas très exigeante en matière d’informations, et me contenterais bien de ce que l’on a l’habitude de nous fournir dans notre pays. Alors, si le cœur vous en dit, racontez moi.
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