Une pause avant Le Cap

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Afrique du sud - Clanwilliams
de nadouchka, le 08-08-2005

Une pause avant Le Cap

Afrique du sud

8 et 9 août, massif du Cederberg

Voilà deux jours que je parcours inlassablement les montagnes splendides du Cederberg, à travers les pistes boueuses des pluies de ces derniers jours. Je croyais en avoir fini avec les pistes ici, mais dès que l’on souhaite pénétrer un peu dans les régions traversées par les grandes nationales, les routes ne sont plus goudronnées. Mais Toyota en a vu d’autres maintenant, et elle ne rouspète pas !

J’avance à 50km/h toutes fenêtres et narines ouvertes, à travers des montagnes orangées, dont les roches sont découpées de façon fabuleuse, tantôt sous forme de gros cubes amoncelés les uns sur les autres, tantôt sous forme d’aiguilles acérées qui découpent les crêtes en milliers de créneaux. Au pied de ces montagnes, des palmiers, des genêts, des figuiers de Barbarie, des eucalyptus, qui rappellent encore le désert tout proche. Mais, de passage de col en passage de col on parvient vite à 2000m d’altitude, et ce paysage digne de l’Estérel se combine avec des passages alpestres de cèdres ou de sapins, de rivières qui charrient des cailloux, d’alpages d’un vert printanier et surtout d’une incroyable diversité de fleurs sauvages qui tapissent les sols. C’est tout à la fois la mer et la montagne, le désert et la prairie, la rocaille et les jardins.

Il fait froid, pas plus de 10° en altitude, et le ciel est magnifiquement pommelé de nuages blancs. Au loin, traînent encore des nuées de pluie au pied desquelles se dessine un arc en ciel. Au sommet des cols, on domine à perte de vue l’immensité des vallées et des nouveaux reliefs qui se perdent dans les nuages ou se tachent de leur ombre. Dans le creux des vallées poussent des arbres fruitiers, en fleurs en cette saison, et surtout des agrumes, orangers et citronniers aux parfums si envoûtants. Un peu plus au sud, les sommets du prochain massif sont paraît-il couverts de neige.

J’ai peine à croire que je ne me trouve qu’à 60 km de Lambert’s bay de ses dunes et de son usine de poisson ! C’est une incroyable diversité de paysages sur quelques kilomètres carrés, qui bouscule nos points de repères européens.

Pourtant je ne me sens plus du tout en Afrique. La petite ville où je me suis établie pour deux nuits, Clanwilliams, est à l’image de nos petites villes de montagne, avec son hôtel au nom allemand, ses maisons blanches entourées de jardins impeccables, son église, et son salon de thé. Je commence à me demander si l’apartheid ne sévit pas encore plus ou moins dans ce pays. Les noirs ne semblent pas vivre sur les mêmes terres que les blancs. Ici à Clanwilliams, ville complètement blanche, je n’ai vu des noirs qu’au service des blancs, dans le café, dans les cuisines, aux pompes à essence et aux caisses des super marchés. J’en ai vu aussi ce soir à l’entrée de la ville fouiller les poubelles ! Sur les routes au contraire, on croise des travailleurs agricoles ou des ouvriers de voirie, tous noirs. Il ne suffit pas d’inscrire la liberté dans les droits des hommes, encore faut-il leur donner les moyens d’en jouir. Il n’y a pas pire aliénation que la misère et la faim ! Il semblerait que très peu de sud africains blacks aient accédé à un niveau de vie qui leur permettent de se situer au même niveau que les blancs.

J’en rencontre un dans un restaurant, gentil papa ingénieur dans l’industrie chimique, avec sa femme asiatique et son petit bout de fille de un an. Apprenant mon métier et l’utilisation dans nos pays européens de consultants psychosociologues en entreprise, il manifeste son étonnement en me demandant « Mais il y a une demande ? », ce qui me fait bien rire ! Mais chacun est à sa table et, les plats servis, la conversation entamée ne peut pas aller beaucoup plus loin. Dommage !

J’ai pris racine dans un bed and breakfast charmant, où j’occupe une sorte de petit cottage en forme de pigeonnier. Ce sont des racines peu profondes puisque je quitte le lieu demain, mais deux nuits au même endroit sont devenues un fait d’exception. Je serai probablement à Cape Town un peu plus tôt que prévu, et ai l’intention de me poser là pour quelques jours.

La propriétaire du lieu est très exubérante et drôle au premier abord. Puis, apprenant que je suis psychologue, et considérant alors que « je comprends tout », elle me raconte la mort de son fils il y deux ans, écrasé sur la route alors qu’il allait faire pipi ! Elle sanglote si fort, que l’excellent psychologue que je suis, me mets à pleurer avec elle ! Aller chez l’habitant permet effectivement les rencontres, mais cela n’en est pas forcément plus gai ! Je vais dorénavant dire que je suis sociologue. Cela fait un peu plus peur, et personne n’oserait se confier à un méchant loup qui critique tout !

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Commentaires sur cet article
Christian
Interessant voyage dans ce pays que je connais très bien; prose bien tournée. Seul le petit couplet sur l'apartheid me semble superflu. La petite leçon de morale de petit franchouillard est déplacée il me semble. La racisme anti-blanc est plutot d'actualité en Afrique du Sud avec l'Affirmation Act que je vous laisse découvrir par vous même et plus proche de nous, le fait d'être un blanc dans certaines cités de France constitue un motif suffisant pour se faire agresser ou violer.....

Bon voyage qund même.


 

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