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Afrique du sud - Johannesburg
de nadouchka, le 03-09-2005

journée touristique

Afrique du sud

3 septembre, Johannesburg

Active journée touristique pour la veille du départ d’Eliane.

Nous n’avons en fait que très peu de temps à Joburg en regard de la dimension de la ville et de la vie intense qui s’y déroule. La plupart des touristes ne passent ici qu’en transit pour quelques heures, mais ils ont tort. La " ville la plus dangereuse du monde " est aussi une grande métropole, qui concentre en son sein toutes les contradictions de l’Afrique du sud, toute l’activité économique et politique, toute la vie artistique aussi. Elle est la capitale financière du pays, mais y représente aussi le siège de son âme, Pretoria n’étant qu’une capitale administrative.

On estime à environ 8 millions la population de Johannesburg, mais les chiffres restent flous. Soweito rassemble à lui seul, environ 4 millions de personnes. La ville est en tous les cas la plus importante du continent africain. Elle est aussi l’épicentre de toute l’histoire du pays, depuis la première découverte à la fin du 19ème siècle d’un incroyable filon d’or, qui a attiré ici les milliers de prospecteurs venus du monde entier qui ont fondé la ville. Puis, c’est une histoire de luttes exemplaires, celle de Gandhi d’abord qui y a été emprisonné au moment des discriminations raciales contre les indiens, celle des mineurs effroyablement exploités ensuite, dont les grèves ont été réprimées dans le sang, et enfin celle de la population noire contre l’apartheid, lutte dont les épisodes les plus dramatiques ont eu lieu dans les rues et dans les faubourgs de la ville. On a dénombré 44000 morts dans les répressions sanglantes des années 80 à Joburg.

Ce qui me paraît d’abord extraordinaire, c’est que l’ampleur de ce que l’on découvre ici de l’histoire révolutionnaire de ce peuple, et de ses souffrances, n’a sûrement pas eu chez nous en France, même chez les gens les plus politiquement conscients, le retentissement qu’elle méritait. Les années 80 sont si proches ! Comment ne pas avoir à cette époque été mobilisés contre ces nouveaux nazis que représentaient les afrikaners, et les affreux massacres qu’ils ont perpétrés ? Bien sûr, l’information était là, mais je crois ne l’avoir qu’effleurée et je ne pense pas que mon cas soit vraiment unique.

L’information a été connue, mais noyée sous un tas d’autres, sans que jamais la gauche révolutionnaire ou non, ait pris en compte les problèmes sud africains comme des priorités internationales. Pourtant, il s’avère qu’il s’agit bien d’une priorité, l’Afrique du sud étant le seul pays capable d’influencer l’évolution de la démocratie sur ce continent, et d’y devenir à terme une grande puissance. Sans une Afrique du sud démocratique et riche, les pays africains resteront livrés à eux même, c'est-à-dire à l’exploitation coloniale, à la corruption et aux luttes tribales.

Nelson Mandela est ici vénéré. On dit que son personnage est à la hauteur de celui de Gandhi, et l’on prépare sa mort, car il est aujourd’hui âgé de 87 ans. Sa vie résume à elle seule toute l’histoire récente du pays, et tous ses espoirs d’évolution vers une démocratie riche, qui aura su malgré vents et marées émerger en maintenant la mixité raciale. L’éducation des jeunes et l’arrivée progressive d’une classe moyenne noire, vont parachever le travail de conscience qu’a effectué Mandela. Espérons le, tout au moins.

Nous sommes les témoins de la force de cette conscience en visitant l’art gallery museum de la ville. Deux expositions formidables, l’une de dessins, l’autre de photos, de deux artistes sud africains blancs, démontrent admirablement la souffrance de tous dans ce pays, et la violence aveugle qu’ont subie les populations. C’est un beau musée, très grand et très clair, dans lequel il est agréable de passer plusieurs heures.

Pour l’atteindre, nous devons nous garer dans l’ex quartier du centre ville, sorte de downtown à l’américaine, aujourd’hui désertée par les blancs et reconquise par les noirs. La vie y grouille de façon incroyable, et il est bien difficile d’y atteindre le moindre parking, en slalomant à travers l’embouteillage d’un grand marché qui avoisine le sinistre Joubert park dans lequel se trouve le musée. Ce parc pue la pisse, et ses pelouses sont occupées par des gens effondrés qui y dorment plus ou moins, ou tentent de trouver là le repos qu’ils n’ont pas pu prendre pendant la nuit. C’est ici la zone, et les guides déconseillent de le traverser. Pourtant, personne ne nous y agresse ou semble même nous remarquer, bien que nous n’y voyons aucun blanc. Des culs de bouteilles en plastique ayant abrité de la colle à sniffer, des papiers gras de toutes sortes, de vieux haillons abandonnés, un dentiste qui opère à ciel ouvert à l’aide d’une vulgaire pince, des coiffeurs qui rasent les têtes ou proposent des nattes, des vendeurs de bonbons à l’unité, de cacahouètes grillées et de cigarettes, peuplent les lieux. C’est un des aspects de la vie de Joburg, celui de ce centre ville qui n’en est plus un que pour les plus déshérités, les blancs vivant désormais dans d’autres quartiers.

Nous tentons avec beaucoup de difficultés de nous rendre à un marché aux puces l’après midi. La circulation est très difficile pour moi, et l’orientation encore davantage. Nous parvenons si tard au marché en question que nous n’avons pas vraiment le temps d’en profiter.

Car le soir à 18 heures nous avons rendez vous avec Jonathan et Christina pour la fameuse fête du vin de Soweito.

Les producteurs de vin, réunis en association commerciale, ont choisi pour la première fois cette année Soweito pour présenter leur production, affirmant par là qu’ils ont compris que la population noire, évolution économique aidant, représentait désormais un marché d’avenir pour leurs produits. Soweito, nommée ainsi en abréviation de south western town ships, avec ses 4 millions d’habitants est une ville à l’ouest de la ville. C’est le haut lieu de toute la lutte contre l’apartheid, puisque ici a eu lieu la répression terrible de la manifestation du 16 juin 1976, contre l’obligation de la langue afrikaner à l’école, qui a fait 1000 morts, dont de nombreux enfants, et qui a marqué d’un sceau révolutionnaire tout le quartier.

Désormais vivent à Soweito toutes sortes de populations, depuis les squatters en baraquements de fortune, dont beaucoup sont dit-on des émigrés clandestins en particulier du Nigéria, jusqu’aux noirs assez riches y possédant de petites résidences individuelles comparables à celles que pourraient posséder des blancs, en passant par les foyers pour travailleurs, et les minuscules maisons en béton qui relogent progressivement les habitants des bidonvilles. Ce sont des milliers de petites boites d’allumettes qui s’alignent ainsi sur des kilomètres, et qui forment l’essentiel de la ville. Au moins n’a-t-on pas reproduit ici l’erreur que nous avons commise dans les années 70, en relogeant nos immigrés habitants des bidonvilles dans des cités ghettos à étages. L’habitat individuel est en tous points moins sinistre, même s’il est ici réduit à son expression la plus élémentaire : quatre murs et un toit de tôle ondulée autour d’une ou deux pièces principales pour toute une famille.

Nous prenons deux taxis pour nous rendre à la manifestation. Jonathan y est attendu par la direction en tant que correspondant du Times. Cette soirée de relations publiques, qui pourrait parfaitement correspondre à nos manifestations mondaines, est parfaitement surréaliste dans un lieu comme Soweito ! Oui, pourrais-je dire, j’ai été à Soweito, mais à une soirée mondaine! Dégustations de vins et de champagne sud africains, puis dîner sous belle toile de tente, tout cela gratuitement, et aux sons d’un orchestre de jazz noir ! Une grande femme habillée en vêtement traditionnel zoulou dîne à la table d’à côté, et nous entreprend pendant un long moment pour nous raconter sa vie, son divorce d’un mari qui la battait et sa jouissance d’une nouvelle liberté qui fait d’elle aujourd’hui un véritable papillon ! L’expérience est étrange et le vin pas mauvais du tout. Eliane a un peu trop bu, mais est ravie !

Nous quittons Jonathan et Christina. Rencontre éphémère mais importante dans ce voyage sans beaucoup de liens sociaux. Dommage qu’il n’y ait que très peu de chances de se revoir.






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