Arrivée à Buenos Aires

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Argentine - Buenos Aires
de nadouchka, le 16-02-2006

Arrivée à Buenos Aires

Argentine

16 févier, Buenos Aires

L’arrivée en avion à deux heures du matin était super ! La ville apparaît comme une gigantesque résille de lumières, découpée en petits damiers, et l’avion la survole à très basse altitude pendant un long moment, avant de se poser sur l’aéroport domestique qui semble situé comme en plein centre ville. D’en haut, les buildings apparaissent comme de petites boites d’allumettes instables, posées sur leur côté le plus étroit. Les phares des voitures font des files ininterrompues de lumière jaune dans un sens et rouge dans l’autre. Ainsi vue du ciel, la ville a l’air du plateau d’un flipper !

J’adore le flipper, qui malheureusement n’existe plus dans nos bistrots, et je dois profiter de l’occasion qui m’est donnée ici pour le déplorer ! Je n’ai pas franchi le seuil des jeux vidéos qui m’a laissée sur la touche, et ne le franchirai je crois jamais. A moins que mes petits enfants ne parviennent à m’en convaincre… Allez savoir ! Mais jamais ils ne me donneront la sensation physique du flipper, quand on s’acharne à lui donner des coups de boutoir latéraux pour orienter le parcours de la balle, des coups de reins pour lui faire remonter la piste ou des coups de poing pour répondre à son tilt ! Pauvres gamins qui ne connaîtront jamais ce plaisir là !

Et puis l’arrivée en avion, est une véritable délivrance ! Tout ce Canigou enfermé dans une boite métallique me dégoûte, et j’ai craint une récidive grave de ma crise de misanthropie d’il y a quelques jours. Le soir surtout, cette viande qui s’entasse, dégage des odeurs de plus en plus insupportables au fur et à mesure que les gens s’assoupissent. Des remugles de chaussettes, des relents gastriques et hépatiques, des pets lâchés en douce, tout une armada d’odeurs insupportables que mon odorat, malheureusement très fin, ne parvient pas à zapper. Quand se détache et se lève toute cette bidoche, d’un seul mouvement comme un seul corps, engluée des sueurs d’un sommeil moite, pour ouvrir les coffres à bagages, ce sont les aigreurs exhalées des aisselles qui me sautent à la gorge et me donnent envie de vomir. Il suffit alors qu’un seul de ces animaux me bouscule un peu, comme ce fut le cas hier soir d’un con armé d’un gros sac à dos, pour que je sois au bord de la crise de nerf. J’ai déjà malheureusement vécu ce scénario bien souvent dans les allées retour Paris Marseille que j’ai effectués en avion pour mon boulot pendant 8 ans.

(Je me rappelle alors du Mistral que je laissais entrer par les vitres du taxi qui me ramenait chez moi. Des premières odeurs du port aussi. Et je respirais à pleines narines comme pour reprendre vie.)

Mon hôtel est un vieux palace colonial délabré plein de charme. Dans un grand patio central donnent les portes des chambres, des portes en bois à doubles battants munies de persiennes intérieures. Le plafond de ma chambre atteint bien les 5 mètres, et en son centre pendouille un lustre de céramique blanche à ampoule unique. La salle de bains fait, sans exagérer, un mètre carré, dans lequel on trouve un lavabo, un chiotte et une douche ! Un grand ventilateur, une armoire à glace de bois sombre, une petite table et un chevet biscornu au plateau de marbre, forment le mobilier. Tout est désuet, mais pas désagréable du tout, très calme et en plein centre ville pour 14 $ la nuit.

Il fait une chaleur caniculaire même la nuit. Dans la journée, il faut prévoir 35° me dit le chauffeur de taxi ! Rien n’est plus pénible que de visiter une grande ville dans la chaleur, mais faudra bien, hein ? C’est la canicule, même pour les portenos, nom que se donnent les habitants de Buenos Aires.

Je dors jusqu’à plus de midi, malgré le contact rêche et granuleux des draps synthétiques sur ma peau nue, et consacre mon après midi aux compagnies aériennes, ce qui me permet de marcher dans le plein centre de cette ville gigantesque. L’ambiance a l’air très sympa. L’animation est incroyable, à moins que ce ne soit moi qui aie perdu l’habitude de la ville après tant de nature. L’architecture m’apparaît comme très européenne, d’inspiration espagnole surtout, mais aussi française, avec ses immeubles en pierre de taille tarabiscotés. C’est une ville très moderne aussi, mais dans laquelle des rues étroites donnent un certain charme. J’aime bien. Ce n’est pas trop propre, ce que j’apprécie dans une ville, car j’ai horreur des rues cirées, des trottoirs sans tâches, des caniveaux vides, des chaussées sans mégots et sans papiers, bref des villes où l’on veut effacer la vie de l’homme. Il n’y a que la vie des chiens qui me gêne dans une ville. Une ville doit être sale le soir, et les pauvres doivent pouvoir en fouiller les poubelles, que ça plaise ou non aux riches qui secrètent tant d’ordures, et qui aimeraient bien, par-dessus le marché, qu’elles ne servent à personne !

On rencontre encore ici dans les rues des cireurs de chaussures, des vendeurs de babioles dans des stands minuscules. Des fouilleurs de poubelles. Beaucoup de spectacles rassemblent des foules de badauds : un guitariste classique, un orchestre de musique sud américaine, des danseurs de tango. Et puis, des magasins très anciens dont on a conservé la décoration intérieure, superbes. Beaucoup de librairies, avec des petites tables de bois pour que les gens puissent lire. Des restos, des terrasses avec des parasols. Des vendeurs partout de cigarettes et de journaux dans des kiosques tout en désordre et colorés.

Tiens, finalement, le contraire de l’Australie, devenue à tout jamais ma bête noire géographique !

La ville est immense et ma balade ne m’a permis d’en voir qu’une minuscule partie, alors que j’ai marché plus de 5 heures. Avec sa banlieue, elle regroupe 19 millions d’habitants, soit un tiers de la population du pays ! La place des folles de mai est bien là, et le palais du gouvernement tout rose, un palace italien au fronton duquel le couple Peron haranguait la foule, me dit le Routard. On sent la foule effectivement partout. C’est plein de vie, en tous les cas. Une manif passe par là. Normal.

On sent les machos aussi, aux regards des hommes sur les filles bien dénudées en ce jour de grande chaleur. Un regard comme les hommes ne peuvent plus s’en permettre chez nous, qui se porte alternativement sur les fesses et sur les seins, et qui me rappelle celui des marseillais des années 60 sur la petite adolescente en mini jupe que j’étais alors ! Je me souviens à cette occasion des crises de larmes qui me prenaient rentant à la maison, lorsque j’avais eu le sentiment dans les rues de Marseille, d’avoir été toute la journée victime de regards pervers, de gestes aussi souvent, et de quolibets grossiers toujours. Je m’en plaignais à ma mère qui me répondait en général : « le jour où cela ne t’arrivera plus alors là, oui, tu pourras te plaindre ! C’est que tu seras devenue moche ! Et ne t’inquiètes pas ce jour là arrivera ! ». Ma mère a toujours eu le mot qu’il fallait pour me faire accepter ma féminité !

Je trouve dans une librairie magnifique des livres français d’occasion qui vont me remonter le moral. Des poèmes d’amour de Pablo Neruda, la Femme Rompue de de Beauvoir, le fameux Alchimiste de Paul Coelho dont on a fait un grand plat, et… La vie sexuelle de Catherine M. ! Ca sera plus rigolo que de relire encore La Trêve ! Soit dit en passant, je dois reprendre ce que j’ai dit plus haut : le bouquin de Salinger, L’attrape cœur, n’est pas une connerie du tout, et je l’ai dévoré avec beaucoup de plaisir.

Je définis donc mon itinéraire et mon retour en fonction des possibilités aériennes, ce qui m’amène à ne supprimer de mon projet que Salvador de Bahia au Brésil, et à rentrer le 15 mars. Salvador, ce sera pour une prochaine fois. Voilà, cette fois ci, les dés sont jetés. Quelques jours à BA, puis la route Mendoza/Salta jusqu’à Jujuy, les chutes d’Iguazu et Rio, d’où je repars.

Encore 4 semaines donc, où je devrais bouger beaucoup, ce qui n’est pas plus mal pour moi que de peigner la girafe. Chez moi à Marseille on disait « peindre » la girafe, je ne sais pas pourquoi ! Mais c’était plus joli, non ?

Tiens ! 2 heures du matin, et je ne dors toujours pas ce soir !






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