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Argentine - Cafayate
de nadouchka, le 26-02-2006

Toujours les Incas

Argentine

26 février, Cafayate

Et bien cette journée du 26 février est mémorable !

Quittant Tafi, je continue à rouler vers le nord. Sur la piste des ruines de Quilmes, je croise trois gars qui marchent sous un soleil écrasant, trimballant leurs gros sacs à dos, et je m’arrête pour leur proposer de les prendre. Ce sont deux jeunes argentins, un cuisinier d’empanadas, petits pâtés fourrés de viande ou de fromage que l’on vend partout ici et un guitariste, accompagnés d’un allemand d’une cinquantaine d’années. Ils se sont rencontrés dans le bus qui ne va pas jusqu’aux ruines.

Ces ruines sont vraiment prodigieuses. Tout un village inca a été reconstitué dans un cadre grandiose. Il grimpe sur la montagne d’où l’on domine à perte de vue le paysage d’une vallée désertique. D’énormes cactus forment des arbres dans ce décor aride de pierrailles tandis qu’à l’horizon se profilent des sommets couverts de neige. C’est très beau.

Nous repartons vers Cafayate et je sympathise beaucoup avec l’allemand, Fred, un munichois, père de 4 enfants, qui sort à peine d’un cancer de l’estomac. Il est assez beau sous ses poils blancs, et maigre comme il se doit. Il parle un anglais parfait, si bien que je peux enfin communiquer avec quelqu’un. La conversation est très vite drôle car nous nous moquons de la mort en nous bidonnant beaucoup ! Il vient de la voir passer et se paie du bon temps en attendant qu’elle revienne faire son petit tour, et mon histoire de réchappée d’un infarct en plein Sahara l’amuse énormément ! Pendant ce temps les jeunes argentins jouent de la flûte et chantent à l’arrière de la voiture. L’ambiance me ravit !

Un mot tout de même de ce qui est arrivé à Fred. Il vit désormais avec les intestins directement reliés à la gorge ! Incroyable mais vrai ! Les aliments qu’il ingère ne sont donc pas digérés et il doit manger quelque chose toutes les heures. Il ne travaille plus lui non plus, et nous avons beaucoup à nous dire sur nos situations réciproques et sur la façon dont nous les vivons. Je rencontre dans son personnage quelque chose que je connais bien : la conscience omniprésente de la mort possible à tout moment et ce qu’elle génère de force, d’enthousiasme, de goût de la vie, de rééquilibre des priorités, de « courage » disent ceux qui n’ont pas une telle expérience.

Sur ce thème pas sinistre du tout nous continuons la route, et nous posons à Cafayate dans un hôtel ravissant avec un patio intérieur où nous partageons une chambre double. Puis nous partons tous les quatre pour la quebrada toute proche, sorte de canyon d’un rouge flamboyant qui s’étend sur une cinquantaine de kilomètres. Le soleil a commencé à décliner et les reliefs se couvrent d’ombres qui les intensifient. La lumière est magnifique et nous sommes tous les quatre ébahis par la beauté de ce que nous voyons. Fred et moi surtout, car il est vrai qu’avec l’âge on acquiert une capacité à s’émouvoir et à exprimer l’émotion que les jeunes n’ont pas ! J’aime partager avec quelqu’un l’enthousiasme que procure les beautés de la nature et les surprises à chaque virage. Avec Fred je suis servie car il est très expansif !

Soirée tous les deux alors que nous avons déposé les jeunes argentins au camping. La place de Cafayate a un charme fou. Elle est entourée de maisons coloniales, abrite des arbres somptueux et une jolie église bien éclairée. Des boutiques d’artisanat indien nous occupent un moment avant de nous attabler à la terrasse d’un restaurant. Fred est aux anges et m’appelle « mon ange » ! La région produit le meilleur vin blanc d’Argentine et nous nous en régalons tous les deux.

Tous les trois d’ailleurs, parce que nous lions connaissance avec un canadien qui vient nous rejoindre à notre table, un personnage original, compositeur de musique, qui vadrouille pendant quelques mois parce que sa chanteuse est enceinte ! Et re-vin blanc jusqu’à plus de minuit avec ces deux mecs intéressants tous les deux. Je suis assez défoncée je dois dire quand je regagne ma chambre d’hôtel, et m’écroule sur le lit sans même me laver les dents !

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