Excursion au Perito Moreno

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Argentine - El Calafate y Perito Moreno
de nadouchka, le 10-02-2006

Excursion au Perito Moreno

Argentine

10 février, El Calafate

Je parviens en soirée du 9 dans cette auberge, dite du lac Argentino, un vrai foutoir qui va durer jusqu’à deux heures du matin ! Il faut imaginer une surface plane dans laquelle on aurait construit des cellules attenantes les unes aux autres, de tout au plus 9 mètres carrées chacune, sans véritable porte, et munies d’un minuscule fenestron. Dans chaque cellule deux lits superposés, donc 4 personnes, c'est-à-dire 8 pieds qui sortent des baskets ! Il n’y a pas pour ce soir de chambre seule, et pour composer avec mes velléités de luxe, le patron accepte que nous ne soyons que deux dans ma cellule. Je partage donc ma nuit avec un italien ronfleur et peu aimable, ce qui est plutôt rare chez les italiens, mais bon ! Ne jamais rien généraliser surtout en ce qui concerne les êtres humains, et encore moins dans le sens positif n’est ce pas !

Dur dur ! Sinon, la ville est plutôt mignonne, bien que complètement consacrée au tourisme du Parc national des Glaciers, près de laquelle elle se situe. Je trouve une pizzeria bondée, dans laquelle je dois me résoudre à partager ma table avec un allemand. C’est le jour du partage sans doute, un de ces jours où l’être humain est censé se réjouir de rencontrer son prochain. L’allemand n’est pas inintéressant finalement. Il a quitté bobonne qui a peur de l’avion pour s’offrir deux jours ici en célibataire, et il se régale que ça fait plaisir à voir ! Il a été longtemps capitaine de bateau, naviguant dans toutes les régions pétrolières, et a des histoires à raconter.

Ce matin, je fais la fameuse excursion jusqu’au glacier Perito Moreno, réputé pour être un des plus beaux du monde. Pas le fric pour m’offrir une petite auto japonaise, et je me rabats sur un mini bus, tout ce qu’il y a de plus classique. Aussitôt dans la steppe patagonne, je regrette les choix qui ont été les miens pour cette région. J’aurais du louer une bagnole et rouler dans ces immensités désertiques, où la végétation en touffes rases est complètement desséchée, plus par les vents que par le soleil d’ailleurs, où poussent des herbes qui me rappellent le thym, des chardons ma fleur préférée, ainsi que des cousins patagons du charmant romarin de mon pays.

Le lac Argentino, dans lequel se jettent tous les glaciers du voisinage, est d’un bleu vert très clair, un peu laiteux qui, sous le soleil rarissime et éclatant de ce matin, est un ravissement. La steppe elle, a plutôt des couleurs d’automne, et je me rends compte à quel point en Antarctique les rouges ont été totalement éliminés de ma vision. Je me régale de cette steppe tantôt dorée tantôt ocre, tantôt rousse,orangée ou brune qui borde le lac. Au loin apparaissent alors les premières cimes enneigées de la cordillère des Andes, et c’est superbe.

Je ne m’attendais pas à être éblouie à nouveau de sitôt par un paysage, et bien j’avais tort ! Je le suis.

Lorsque nous parvenons au glacier, que l’on ne peut voir dans ce pays que 10 à 15 jours par an sous le soleil, ce qui fut mon cas, je ne me sens pas blasée pour deux sous. Il est bô ce Perito, et gros surtout. Il gronde sans arrêt, quand il ne grince pas. De gros blocs de glace s’en détachent là où il rencontre les eaux du lac, et leur chute provoque une grosse vague dont les ondes concentriques se poursuivent un temps infini. Son reflet bleu est différent du bleu du ciel et de celui du lac. Rhapsodie in blue ! Il avance toujours, paraît-il, de deux mètres par jour, ce qui devient rare de nos jours, car vous le savez, les glaciers de la planète reculent, comme d’ailleurs la planète toute entière et l’histoire, vous ne trouvez pas ?

Vol de condors dans le ciel azur. Oui, oui, ça valait la peine de venir !

Ce qui est en revanche terrible, c’est l’affluence de touristes sur le lieu. Parking bondé d’autocars, guides en toutes les langues du monde et flot de cons comme moi, accrochés à l’écran de leur numérique, et surtout, ce que je ne fais tout de même pas, pépiant sans arrêt. Il faut qu’il soit fort Moreno pour se faire entendre là dedans !

Je dois me faire une raison. Aussi beaux soient les paysages que je vais rencontrer désormais, plus jamais je n’aurais l’impression que donne l’Antarctique (et le Sahara, je le répète), d’aborder des lieux vierges de la présence de l’homme, de sa nuisance plutôt.

Ce soir j’ai une cellule privée dans l’auberge de jeunesse, et ça va mieux. Rien ne m’est plus pénible que la promiscuité. J’entends les gens, mais les murs me préservent de les voir. Ma solitude m’est de plus en plus vitale, au moins quelques heures par jour. Quand je m’en plains, il faut me reprendre !

Plein de réponses à ma newsletter d’hier dans ma boite de réception. Oh ! Merci, merci !

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