Argentine
11 février, El Calafate
Mauvaise journée, très mauvaise, au cours de laquelle j’ai traîné mon humeur, exécrable, d’heure en heure.
Pour voir le parc national des Glaciers, une seule solution, emprunter un bateau de l’unique compagnie qui fait le tour du lac Argentino. La balade est un cauchemar. Des centaines personnes de toutes nationalités entassées, dans deux catamarans bruyants, avec très peu d’espace sur les ponts. Il faut se faire bousculer pour accéder à la rambarde d’où l’on voit le paysage, jouer des coudes pour prendre une photo, rester debout toute la journée en plein vent si on veut échapper tant soit peu aux commentaires qui, de centaines de micros placés un peu partout, tournent en boucle à l’intérieur, et en toutes les langues.
Les glaciers sont somptueux. Les moraines sont splendides. Les icebergs plus petits, mais souvent au moins aussi beaux que ceux de l’Antarctique. Le soleil brille, et quand il se cache, c’est pour faire place à une lumière d’argent éblouissante qui filtre en rayons obliques. Mais moi, je râle, je fulmine, je ne suis pas là, je ne voudrais pas être là. J’en ai marre du tourisme et des touristes.
Ai-je fait tout ce chemin pour me retrouver là, dans ce troupeau bêlant ? Et pourquoi je ne sais pas bêler moi aussi, hein ?
Que tous ces séracs grinçants dévalent des montagnes en cascades nom d’un chien, et ensevelissent ce cirque à jamais ! Qu’advienne non pas un 11 septembre, mais un 11 février !
Alors, en plein vent, camouflée sous ma capuche Goretex, je rêve d’une couette et du noir absolu, d’où je ne sentirais plus que les contours du corps d’un homme que j’aime, et dans laquelle je trouverais un sommeil éternel.
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