C’est un beau cirque que ces chutes d’Iguazu ! On s’y rend en bus, et dès que l’on entre dans le parc on est canalisé par un circuit de béton et de passerelles métalliques tout au long du parcours. Un petit train ouvert permet de joindre les différents points de vue les uns aux autres. On y entend en boucle toute la journée la musique d’Ennio Moricone !
Elles sont pourtant belles, c’est vrai. Moins spectaculaires cependant que celles de Victoria falls, car les gorges y sont plus larges et plus ouvertes, moins profondes aussi. Elles dévalent en cascades sur un bon kilomètre de largeur à travers une jungle luxuriante, dont on domine la canopée sur le sentier supérieur. Arc en ciel de la lumière difractée, coatis et varans sur le chemin, nuées de papillons jaunes, et fracas assourdissant de l’eau. Mais ce qui est malheureusement encore plus assourdissant c’est cette marée humaine de touristes de tous les pays du monde. Il y avait longtemps que je n’avais plus croisé en particulier l’engeance japonaise, et c’en était plein aujourd’hui !
On essaie donc de s’approcher des parapets comme on peut, slalomant à travers les gros appareils noirs que les hommes portent autour du cou, et qui leur tombent sur la poitrine comme des pénis dressés, pointant leur objectif sur vous à la perpendiculaire, et les caméscopes qui servent d’yeux à un bon nombre de connards, devenus des robots du regard.
Il fait très chaud et très humide, et marcher n’est pas particulièrement agréable non plus. Je ne pense pas consacrer une journée demain au côté brésilien d’où, à mon avis, on ne voit pas grand-chose de plus, et où ce sera certainement tout autant Disney land. Je préfère attendre d’y aller à Paris avec Nina, c’est plus rigolo !
Il faut dire aussi que je suis arrivée à un véritable stade de saturation avec le tourisme. Plus grand-chose ne me motive vraiment dès qu’il est question d’être intégrée dans les circuits classiques. Mon regard s’est un peu épuisé comme celui de quelqu’un qui en aurait trop vu. Mon enthousiasme et ma surprise se sont émoussés. Ma capacité à effectuer des efforts physiques pour aller saluer les beautés de la nature aussi. Je deviens hyper sélective de ce que je vais voir et ne me jette plus sur tout ce qui m’est offert. J’ai besoin d’oublier la planète pour quelques temps et de me re-concentrer sur autre chose, au centre duquel il y a évidemment moi-même !
Et oui ! Le narcissisme c’est ça ! Une sorte de cloison étanche entre le monde et soi. Quand il se cumule avec la misanthropie, c’est une catastrophe ! C’est peut-être ça l’autisme, non ?
Qu’on se rassure ! Je ne reviens pas autiste, mais avec une super envie, qui croît chaque jour davantage, de retrouver mes amis.
Au moins, eux, ne me céderont-ils pas leur place assise dans le bus. Car, oui, cela vient de m’arriver cet après midi ! Un signe parmi tant d’autres de la fin qui approche !