Où suis-je ?

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Argentine - Iguazu
de nadouchka, le 06-03-2006

Où suis-je ?

Argentine

6 mars, Iguazu

J’ai dit un peu plus haut que je me trouvais à 50 km de l’équateur, mais j’ai sûrement été mal renseignée puisque j’ai dépassé le tropique du Capricorne lorsque j’étais dans l’ouest. Bref, je suis complètement perdue sur le plan géographique, et ne sais où trouver une planisphère pour me remettre les idées au clair. Il devrait il y avoir des planisphères partout, comme il y a des plans des villes tout de même !

La terre est immense, et je l’ai concrètement expérimenté durant ce voyage. J’aurais certes amélioré mes notions de géo sur l’hémisphère sud, mais il reste encore très difficile pour moi de situer les lieux les uns par rapport aux autres en latitude et longitude. Nous avons tellement l’habitude de raisonner de façon cloisonnée en pays, que l’on en perd la capacité à avoir une vision d’ensemble de la planète. Comme le médecin spécialiste qui passe à côté de la maladie pourtant évidente qui n’appartient pas à sa spécialité. Comme le psy fermé à toute explication sociale. Comme le révolutionnaire refusant de prendre en compte l’influence évidente de l’histoire personnelle des hommes.

La compréhension et l’intelligence n’existent vraiment que chez ceux qui sont capables d’intégrer la relativité des registres les uns par rapport aux autres, de raisonner au travers d’une mappemonde des concepts, et c’est pourquoi elle est si rare.

Cessons de philosopher. Encore que j’aime bien !

Il fait toujours aussi chaud et moite. La piscine est en béton et en plein soleil, si bien que je ne sais que faire aujourd’hui. J’ai le choix entre les chutes, côté brésilien cette fois ci, et le farniente toute la journée. Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire !

Je me botte les fesses pour faire tout de même mon job de touriste, et me rend du côté brésilien des chutes. On y voit exactement la même chose, mais la balade est plus agréable. Il y a beaucoup moins de monde et je rencontre une française sympa avec laquelle je passe un peu de temps. Pour se rendre dans ce parc, il faut prendre trois bus différents, que l’on hèle en rase campagne sans être jamais sûre qu’il s’agisse du bon. Jamais je n’aurais pu effectuer ce voyage qu’en bus comme le font la majorité des gens. C’est vraiment galère.

Même en étant jeune, je crois que ça m’aurait emmerdée de me trimbaler comme ils le font, avec d’énormes sacs sur le dos, en ne mangeant que des sandwichs, de terminal de bus en terminal de bus, et Dieu sait si ces endroits sont sinistres. Souvent, ils me font peine tous ces routards, comme on dit chez moi ! Beaucoup font ainsi de très longs voyages. Quel courage !

Moi, je ne me souviens avoir peiné avec mes sacs que deux ou trois fois au cours de ce voyage, et encore sur des distances ridiculement petites. J’ai pris des porteurs, des taxis, des avions, des voitures de location, tout ce qui a pu m’éviter de transporter ce barda qui depuis le début est absolument intransportable pour moi seule. Je crois que c’est là la différence essentielle entre le tourisme routard et celui que j’ai pratiqué, qui était dira t-on aisé, sans être non plus luxueux.

La différence de fric est plus sensible dans ce domaine des moyens de transport que dans celui de l’hébergement, de la nourriture ou des activités. Je me suis passée des palaces sans aucun effort et je ne me souviens que d’un ou deux hôtels en Afrique qui puissent être rangés dans la catégorie des trois ou quatre étoiles. J’ai disposé d’un budget suffisant pour pouvoir m’offrir une chambre seule et éviter les dortoirs dans lesquels dorment ces jeunes, mais dans des lieux identiques aux leurs. Oui, il est vrai que l’argent m’a aussi permis dans la grande majorité des cas de trouver une intimité qui n’est pas possible à ces jeunes désargentés. Encore que ceux qui campent peuvent être tranquilles…

Les trois croisières que j’ai effectuées et le séjour dans l’archipel de la Société, ne sont bien sûr pas à la portée des jeunes non plus. Elles m’ont offert des tranches de luxe et de confort que j’ai drôlement appréciées ! Mais je n’ai jamais ressenti de manque important ni d’un bon lit, ni d’un confort quelconque. J’ai finalement trouvé facile de m’adapter à n’importe quelles conditions matérielles, on dira donc en conclusion, à condition de ne pas porter mes sacs et de me retrouver seule la nuit.

C’est là que l’âge marque sa différence, mais sans nécessairement imposer un tourisme classique en hôtels confortables ou en voyage organisé. Allez, les vieux ! Pas de problème insurmontable pour faire la route à n’importe quel âge ! Les obstacles ne sont que dans vos têtes qui ont vieilli sans que vous vous en rendiez compte, ou qui sont vieilles depuis toujours, ce qui est le plus probable.

Quant aux cardiaques qui se cantonnent à leurs pâtés de maison et à leur résidence secondaire, même combat. Rien n’empêche un cardiaque de voyager comme il l’entend. Et puis, ne vaut-il pas mieux mourir au soleil sous les tropiques ou face à un iceberg bleu plutôt que dans les embouteillages ? Pour ma part, mon choix est fait, n’en déplaise aux compagnies d’assurances !

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