Argentine
4 mars, Iguazu
C’est ma dernière étape argentine ! J’aurais beaucoup aimé ce pays si diversifié, avec ses glaciers du sud, ses déserts du nord ouest, et maintenant son climat tropical tout au nord où je me trouve, aux confins des frontières communes entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil.
Je suis désormais à 50 kilomètres de l’équateur ! Le franchir dans l’autre sens marque symboliquement la fin de ce périple austral, le retour dans l’hémisphère nord. J’aurais effectué mon itinéraire très exactement tel qu’il était prévu, avec seulement une légère inversion de durée de séjour entre l’Australie et la Nouvelle Zélande. Je n’étais pas du tout sûre que cette prévision puisse être vraiment tenue, parce que je n’étais pas convaincue de sa pertinence, mais je me félicite ! L’itinéraire que j’avais préparé était le bon, et correspondait exactement à ce que j’aie eu envie de faire sur le terrain.
Journée presque entière passée dans les aéroports et les avions. J’ai du changer à Buenos Aires et longuement attendre une correspondance. Arrivée à Puerto Iguazu sans problèmes dans une moiteur terrible et un paysage de jungle, incroyable après mes 2000 kilomètres de désert rocheux dans l’ouest. L’eau, ce bien le plus précieux du monde, est bien mal distribuée, comme le sont d’ailleurs en général tous les biens précieux sur cette putain de planète. Et qu’on ne me parle pas de Dieu dans tout ça !
L’hôtel dans lequel j’ai réservé est super par rapport aux hébergements que j’ai eus précédemment en Argentine. Il me rappelle curieusement mon premier hôtel du voyage à Nairobi, en un peu moins luxueux. Même patio intérieur, même petite piscine, mobilier de bois sombre et surtout végétation exubérante. Je me souviens y avoir écouté Debussy dans le jardin avec délectation. C’était le premier moment de délectation de ce voyage. Il y en eu beaucoup d’autres. Je dois probablement me trouver à une latitude équivalente.
Je me souviens de ce jour là, très exactement, le 4 mai 2005, où j’avais devant moi tant d’inconnu qui m’exaltait. Aujourd’hui, exactement 10 mois jour pour jour, n’ai-je plus devant moi que du connu ? C’est ce qui m’angoisse moi, à l’opposé de la majorité des gens ! Je sais qu’il me faudra davantage de courage pour affronter la routine parisienne que ce jour de mai 2005, où j’allais affronter l’Afrique, le monde, le camion, le groupe, et toute une année d’exil.
Peur de trouver les choses inchangées, alors que j’aurai bougé dans ma tête, c’est évident. Les mêmes déceptions, les mêmes frustrations, les mêmes chagrins. Peur de l’ennui qu’il va falloir chasser, je ne sais comment. Peur de reconduire les mêmes erreurs et de me ré-enliser dans une situation qui me fait souffrir. Peur de tout ce gris, le gris des toits, le gris du ciel, le gris de l’asphalte. Peur de la fin de mon amour imaginaire avec Jim qui aura accompagné 6 mois du voyage au quotidien. Peur de la cave où est entassé tout mon fourbi dont je ne me rappelle déjà plus de quoi il est composé exactement. J’ai peur Maman !
Mais Maman n’est plus là ! Papa non plus d’ailleurs. Il n’y a plus que moi, et je serai plus seule que jamais, car il n’est pas question que je retourne à ma vie de grand-mère, telle qu’elle était devenue avant mon départ, à ma vie de famille qui est partie en loques, à ma vie de business que j’ai toujours haïe, à la compétition acharnée de scrabble qui me rend complètement obsessionnelle et me déçoit trop dans mes résultats.
Le narcissisme est un bon rempart, et je commence déjà à le sentir grandir en moi, avant même d’être rentrée. Je le réintègre chaque jour un peu plus, et me prépare pour mon éternelle alternance entre boulimie/gros cul, et gym-régime/taille 38 le retour ! Ma vie, sans doute comme toutes les vies, n’est qu’un éternel recommencement, une succession de cycles bien ordonnés et terriblement répétitifs. Comme en 2004 je vais perdre 25 kilos en 9 mois. Pourquoi merde toujours cette durée de 9 mois ? Donc, la taille 38, c’est pour l’hiver prochain.
Bon ! En attendant Puerto Iguazu, est très mignon. Les chutes se visitent en deux parties distinctes : le côté argentin qui m’occupera demain toute la journée, et le côté brésilien auquel je consacrerai la journée suivante. Avec les chutes du Niagara et celles de Victoria falls au Zimbabwe, où je me trouvais en juin ou juillet dernier, ce sont les plus grandes chutes d’eau du monde. Pas question de pouvoir m’offrir comme je l’ai fait le fameux survol en avion qui est un must au dessus des chutes d’eau. Je me console en me disant que je vais peut-être rencontrer sur un sentier terrestre, Robert de Niro venu en pèlerinage après le film Mission qu’il a tourné ici. Voilà qui ferait du neuf dans ma vie, tiens ! Hè Bébert ! Demaing tu la trouva la fameu de ta vie à Iguazu ! Elle est pitchounetteu comme toa, elle aimeu les brungs qui viennent du sud et qui ont des airs de caacous et de voayous, surtout s’ils sont chicôs, cong !
J’ai pris mon billet de bus ce soir pour Rio de Janeiro. 22 heures de voyage ! Heureusement que cela a l’air confortable : clim, sièges avec couchettes, TV, et bien sûr pour moi la place isolée à l’avant, numérotée 13 et dite « place du mort », dont personne n’a voulu pour cette double raison ! Si on retrouve un cadavre méconnaissable, tout écrabouillé et carbonisé, regardez s’il n’y avait pas des pommes partout dans ses sacs. Si oui, c’est que c’est le mien ! Elle avait commencé sa période régime la pôvre !
Se rappeler alors que je veux être incinérée, et vous pourrez marchander car une partie du boulot aura déjà été effectuée !
J’ai fini le bouquin de Nadine Gordimer, Un Amant de fortune, qui traite du mariage entre une fille moderne et riche, sud africaine et un immigré clandestin d’un pays du Maghreb. Evidemment évocateur pour moi de plein de souvenirs concrets, bien que mon histoire avec mon deuxième mari, Karim, soit légèrement différente. Au moins n’ai-je pas été obligée de le suivre en Algérie ! De ce point de vue, et de celui là seulement, ce fut une success story pour moi! Pour lui, c’est autre chose ! Succès total. Mais on y découvre finement décrites toutes les contradictions entre son amour à elle et ses ambitions à lui, et je me suis vraiment identifiée, malgré un style littéraire que je n’apprécie pas.
J’ai la télé dans ma chambre, mais pas TV5. Il n’y a que des infos typiquement argentines, dans lesquelles l’actualité sportive domine largement. Il y a très longtemps que je n’ai plus de nouvelles de l’actu internationale et encore moins nationale. Le temps donc d’occuper mes premières soirées à Paris.
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