Argentine
23 février, Pungallino
Quel régal encore que cette journée ! Après une nuit de canicule, les oreilles bouchées par mes boules Quiès pour adoucir le bruit infernal du ventilateur qui me rafraîchit un peu et chasse les moustiques, je continue mon périple vers le nord.
Bruce Springsteen m’accompagne avec sa country à travers des paysages de plus en plus désertiques bordés de montagnes rouges au loin. Dans un cadre comme celui là, il est parfait ! Il fait frais et gris ce matin. 20 degrés de moins qu’hier ! Je ressors la polaire.
Rouler en voiture ainsi, avec tout mon barda dans le coffre, est vraiment une grande joie. Si je fais un prochain voyage, j’achète une Land Rover et fais tout ainsi par la route. C’est trop bien ! Je pourrais vivre ainsi en itinérance encore très longtemps sans me lasser, si je suis dans des paysages qui me captivent, et ceux d’aujourd’hui étaient bien dans ce cas.
Première étape pour visiter la Vallée de la Lune. Un groupe de touristes fait le tour en minibus et me propose de me prendre à bord. Je les rejoins car il y a avec eux une française très sympa qui fait le tour du monde, et avec laquelle je peux parler un peu. Son mec est en train de faire l’ascension de l’Acongagua, ce qui prend trois semaines avec le temps nécessaire pour s’acclimater à l’altitude, et pendant ce temps elle se balade dans l’ouest argentin en bus. Je suis contente de parler à quelqu’un. Je l’aurais bien emmenée avec moi jusqu’à Salta où elle se rend aussi, mais je n’y vais pas directement et cela ne l’arrange pas.
Il y a finalement très longtemps que je n’ai plus rencontré personne, et les rencontres que j’ai pu faire en espagnol se réduisent au strict nécessaire. Personne ici ne parle anglais et la communication n’est pas facile pour moi. Tout ce qui concerne le quotidien ne pose pas de problèmes particuliers. A l’aide du contexte, de quelques gestes et d’un baragouinage approximatif on parvient à se faire comprendre. En réactivant mes souvenirs de latin je parviens aussi à peu près à saisir le sens de ce que m’on me dit. Mais toute conversation est impossible. Je peux dire que depuis l’Antarctique, où je n’étais pas particulièrement encline à la rencontre et la conversation d’ailleurs, je n’ai plus échangé avec mes frères humains.
La Vallée de la lune est une merveille de la géologie. Des formations rocheuses et sableuses sans aucune végétation créent des paysages époustouflants, non pas vraiment de beauté, mais d’étrangeté. Cette vallée, classée au patrimoine mondial de l’humanité, recèle des millions de fossiles, dont des squelettes de dinosaures, animaux rois des lieux avant que la formation des Andes ne les fasse disparaître. Un paradis pour les géologues et les dinosaurologues de tout poil ! Les cactus commencent vraiment ici à être géants, et certains sont coiffés d’une ou deux petites fleurs blanches en forme de marguerite ! Je suis toujours émerveillée de voir des fleurs dans les paysages désertiques.
Puis, abandonnant la française, je continue vers le nord pour me rendre au parc national de Talampaya, magnifique canyon rouge de 4 km de longueur, formé de roches sédimentaires très meubles, qui réalisent des cathédrales, des personnages, des tourelles, des arches, des animaux. C’est très beau, et bien aussi beau que les parcs américains. Malheureusement, le temps gris ne permet pas de profiter de toutes les couleurs du site au maximum. Au rouge des montagnes et du sable s’ajoute le vert très vif de la végétation. Cela me rappelle un peu le sud marocain.
De grandes dunes de sable formées par les vents recouvrent le bas du flanc des massifs, si bien que l’on croirait une sorte de tassili. Le tassili ? Pour moi la merveille des merveilles sur cette terre, qu’il s’agisse de celui du Hoggar ou des Ajers en Algérie, ou mieux encore celui de l’Akakus libyen ! Qui n’a pas vu un tassili au moins une fois dans sa vie ignore beaucoup des beautés de notre planète. La différence ici, c’est que la région n’étant que semi désertique, il y a encore de la végétation, et je dois dire que j’ai été émerveillée de voir les dunes rouges se couvrir d’ombres vertes par endroits.
Dans le 4X4 qui nous conduit au sein du canyon, nous sommes trois touristes, et je me retrouve encore avec deux français, un couple de Grenoble venu en vacances chez des amis dans la région. Pas de sympathie particulière pour ces deux beaufs, mais encore le plaisir de parler un peu français. C’était la journée des échanges pour moi !
Le soir, je poursuis encore vers le nord pour m’arrêter dans un bled incroyable, Pungallino, quelques dizaines d’habitants, une auberge et un restau. Je suis aussi seule à l’auberge ce soir que je l’étais hier. Décidément, j’ai bien choisi mon trajet dans cet ouest argentin ! Au restau, le fils du patron qui a été guide à Talampaya vient me donner les conseils dont j’ai besoin pour poursuivre ma route à travers le maximum de désert et sans avoir à grimper en altitude. Voilà les contraintes que je lui donne ! Il s’y connaît fort bien, et me trace un itinéraire parfait évitant d’aller à plus de 2500m jusqu’à mon retour vers Iguazu.
L’auberge de ce soir est quasiment luxueuse par rapport à celle d’hier, pour trois pesos, soit un dollar, de plus. La literie est bonne et l’oreiller correct, ce qui devient maintenant pour moi le principal critère d’appréciation du lieu où je dors ! Le désert et la Chevrolet m’ont fait retrouver une vraie forme, c'est-à-dire cette envie d’écourter la nuit pour profiter au maximum de ma journée du lendemain, bouffer le plus de kilomètres possible ! Je me rends compte qu’il me sied mal finalement de faire des pauses dans un même lieu, et que lorsque je ne suis pas poussée par un itinéraire à accomplir, j’ai tendance à me démotiver. Je le saurais pour la prochaine fois !
Comment, nom de Dieu, vais-je faire à Paris pour rester sans bouger ? Pour vivre sans bagnole, car c’est pas demain la veille que j’aurais le fric de m’en repayer une ? Cela me paraît aujourd’hui complètement impossible !
Quand je réalise aussi le nombre de kilomètres que j’aurais parcouru en voiture durant ce voyage, plusieurs dizaines de milliers, je ne peux plus les compter maintenant, je me dis que l’Europe est un mouchoir de poche ! Alors je compte bien, et tiens j’en prends la résolution aujourd’hui, m’y balader davantage. Pourquoi ne suis-je jamais allée dans tant de villes qui me font envie, alors que quelques jours de route suffisent ? Je pense à Naples, à Vienne, à Bruges et Gand, à Varsovie, et tant d’autres. Moscou, trois heures d’avion de Paris, donc même pas 10 jours de route !
Ce ne sont que des micros projets mais des projets tout de même en attendant de pouvoir en réaliser un plus grand. Priorité donc pour mon retour, réunir du fric pour me racheter une bagnole.
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