Argentine
22 février, San Agustin de la valle fertil
J’adore ce nom ! Rien que pour le nom j’y serais venue !
C’est très loin déjà de Mendoza que j’ai quittée ce matin après un réveil à… 9 heures ! La perspective de conduire dans le désert me booste vraiment !
La route des Andes jusqu’à l’Aconcagua monte à presque 3000 m, et il me faut donc y renoncer. Pour sortir de la ville c’est incroyablement difficile ! Toutes les rues sont en sens interdit et aucune indication routière n’est donnée nulle part, ce qui me donne l’occasion de traverser les faubourgs, où là, vraiment, on sent l’Argentine pauvre, avec ses maisons de pisé approximatives, ses enfants nus dans les caniveaux, ses charrettes tirées par des ânes, ses voies ferrées étroites envahies d’herbes folles, ses petits marchands de légumes de bord de route, etc. Donc errance pas inintéressante.
La route vers le Nord traverse d’abord des espèces de plaines couvertes de vignes, alors que les premiers reliefs de la cordillère se perdent dans le lointain, superposés les uns aux autres dans une lumière bleutée irréelle. Les sommets forment des dégradés ciselés jusqu’à la plaine et me narguent, évidemment !
Puis j’arrive à San Juan, petite ville provinciale à moitié endormie sous la chaleur de 13 heures. Les rues sont vides, les terrasses aussi, et un Coca light me suffit pour repartir.
La route passe enfin pendant plus de 200 kilomètres en plein désert, de plus en plus plat au fur et à mesure qu’il s’éloigne de la montagne, sableux, de couleur vaguement rosée, parsemé de buissons secs et de quelques tamaris. Il commence à faire encore plus chaud. Le thermomètre de la voiture indique 35°, bientôt 37 ! Mais j’ai presque froid en roulant avec la clim.
Je retrouve aussi le bonheur du MP3 sur les oreilles et tout me rappelle, en moins beau bien sûr, la traversée du désert du Namib où je me suis tant régalée. Un véritable road movie comme je les aime, musique à fond et route rectiligne visible à perte de vue, vieux cadavres de pneus éclatés et poussière sur mon passage, pas de voitures particulières mais que des camions, poussifs et bien souvent en panne, lumière violente sur les lunettes noires, vols de gros oiseaux noirs de temps en temps, etc. Tous les ingrédients de mon univers de prédilection ! Putain, qu’est ce que je fous ailleurs que dans le désert moi ?
Agustin de la valle fertil est une des seules bourgades qui permette de se loger par là. Effectivement on parvient après la traversée du désert aux pieds de la montagne, et le paysage devient un petit peu plus riant. Les reliefs sont couverts de ces grosses euphorbes caractéristiques de l’Amérique latine, et les bords de route jonchés de vieux pneus sur lesquels on trouve une petite croix et un objet en offrande aux madones protectrices des camionneurs. La route ne fait aucun effort pour amortir les dos d’âne, et de vrais ânes la barrent souvent, immobiles en plein milieu ! Je me plais à ces montagnes russes qui à 100 à l’heure sont un vrai régal.
Je trouve une auberge plus que modeste qui, je crois, détient le record de l’hébergement économique de mon voyage : 5 dollars la nuit avec douche ! C’est propre et tranquille, et ma chambre donne sur un jardin. La patronne accepte sans problèmes de faire ma lessive. S’il ne faisait si chaud et si j’avais toujours mon oreiller, ce serait super ! Deux mots sur cette patronne si gentille qu’on a vraiment l’impression d’être accueillie à la maison. Elle me prépare une délicieuse salade avec des œufs pour 1,5 dollar de plus et m’offre la lessive en cadeau !
C’est que depuis mon départ de El Calafate, où j’étais au régime pizza pendant plusieurs jours, je me suis mise au régime ! La rentrée à Paris s’approche et l’envie de faire du shopping, de m’acheter des t-shirts de printemps, et d’ôter mes oripeaux de routarde ! J’espère perdre au moins 5 kilos avant mon retour.
Je dois dire enfin qu’aujourd’hui, j’ai eu vraiment le sentiment, en roulant ainsi vers le nord, de rentrer à la maison. Chaque kilomètre parcouru me rapproche maintenant sérieusement du retour. Je vais franchir à nouveau à mon entrée au Brésil le tropique du Capricorne que j’avais franchi en Afrique ! Il ne me reste que 20 jours avant d’être à Paris.
Je sais que rien n’y aura changé, sauf moi sans doute, et c’est bien là une partie du problème. Je rentrerais sans angoisse aucune, et même avec beaucoup de plaisir, si je savais que m’attendait une vie nouvelle. Mais j’en doute ! Je ne parviens pas un instant à imaginer de poursuivre mon quotidien comme si je n’étais pas partie. La question de savoir ce que je vais bien pouvoir inventer à nouveau reste entière.
C’est fatiguant d’avoir toujours à réinventer la vie comme je ne cesse de le faire ! Mais le jour où je n’y parviendrais plus, le jour où je déclarerais forfait, alors là, ce sera ma fin. Je dois donc me convaincre que je ne fais qu’une pause en rentrant, une longue pause peut-être, mais une pause tout de même. Le temps de réunir les conditions objectives et subjectives d’un nouveau projet. Quel projet ? Aujourd’hui, je ne le sais pas encore. Probablement un autre voyage, mais j’aimerais aussi autre chose.
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