Journée vide à Ushuaia

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Argentine - Ushuaia
de nadouchka, le 08-02-2006

Journée vide à Ushuaia

Argentine

8 février, Ushuaia

Quelles vont être vides ces journées à Ushuaia ! Temps gris et National Geographic Channel en espagnol, elles n’en finiront pas ! Le shopping ne me dit rien, car je n’ai pas un centime à dépenser. La rando je n’en parle même pas, avec les ganglions-testicules qui sont en train de me pousser au niveau de l’aine et qui me permettent à peine de marcher droit !

Les deux jours de tétracyclines n’ont pas encore produit leur effet, c’est le moins que l’on puisse dire ! Pourvu que je n’ai pas une merde qui m’oblige à rentrer ! Si je ne vais pas mieux ce soir je vais voir un autre toubib.

Donc, je traîne. Traîne ma belle, traîne donc. Traîne savate, savate de bois, bois de rose, rose de plaisir, plaisir d’offrir, offrir sa main, main de fer dans un gant de velours, velours de pêche, pêche à la ligne, ligne de chemin de fer, fer de lance, lance flammes, flammes de bûches, bûche de Noël, Noël au balcon, balcon du Mont Blanc, Mont Blanc au chocolat, chocolat au lait, lait de jument, jument de traie, traite des blanches, Blanche Neige, neige éternelle, éternelle jeunesse, jeunesse dorée, Doré Doré les bas DD, dès à jouer, jouer à la poupée, poupée de son, son de cloche, cloche merle, merle chanteur, chanteur de charme, charme de jeune fille, jeune fille de bonne famille, famille je vous hais, … voilà à quoi je joue !

Je me résigne en me disant qu’à Paris en ce mardi glacial de février, je ne ferais pas grand-chose de plus qu’ici. Mais d’ailleurs, sommes nous mardi ou mercredi ? Je ne sais plus très bien. L’Antarctique m’a complètement déconnectée de tout, et le coma du passage de Drake encore davantage.

Le bouquin de Brinks, Etats d’Urgence, me tient tout de même agréablement compagnie. C’est un roman en train de s’écrire, une histoire d’amour sur fond de lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Parfait pour moi.

Et puis mes mails, auxquels j’ai eu enfin accès. Une lettre de ma fille à laquelle je dois répondre, ce qui va bien m’occuper quelques heures, tant les relations sont simples avec elle ! S’expliquer, se justifier, comprendre, demander, les relations d’amour sont tellement difficiles qu’il vaut parfois mieux n’aimer personne et n’être pas aimée non plus. Il y a maintenant plus de 10 ans que j’ai fait de ce principe ma philosophie en ce qui concerne les relations amoureuses en tous les cas. Mais il est plus difficile à appliquer avec la famille ! Ou alors il faut avoir un courage, ou une distance, que je n’ai pas.

J’ai trouvé un boulot qui m’occupe plusieurs heures avec les photos de l’Antarctique. J’en ai fait des milliers qu’il a fallu classer à peu près. J’ai été émue en regardant certaines, comme je le fus en les prenant. Je ne crois pas avoir suffisamment dit à quel point c’était beau lorsque j’étais dedans. La distance de la photographie me l’a renvoyé formidablement aujourd’hui, aussi je décide pour la première fois depuis le début du voyage d’en mettre une sélection sur le site.

Ce sera mon hommage à l’Antarctique, continent de tous les extrêmes où se mêlent le plus rude au plus doux. Continent vierge aussi, ou presque, du passage de l’homme, et en ce sens unique au monde. Continent patrimoine mondial de l’humanité qui témoigne de notre nuit des temps. Continent de tous les possibles pour l’air, la roche et l’eau. Continent des lumières infiniment complexes et mobiles de notre planète.

Mais non ! Mais non ! Je n’oublie pas ni les pingouins ni les baleines ni les phoques, et pour le prouver pour en verrez même quelques photos !

Il faudra toujours continuer à se battre pour que l’Antarctique reste ainsi protégé, et que le traité international actuellement en vigueur soit renouvelé. Cela nous fait au moins un combat à venir et comme la vie n’a pas de sens si on ne se bat pas, c’est une bonne chose !

A propos de combat, les nouvelles du monde que j’ai lues ce matin m’atterrent ! Lesquelles ? Toutes ! A commencer par la mobilisation islamique contre les dessins de Mahomet. Notre monde en pleine régression, avec réouverture de la chasse aux sorcières moyenâgeuse ! L’occasion que cela offre pour les négationnistes de la Shoah, qui en profitent pour publier des dessins d’Hitler au lit avec Anne Frank ! La victoire du Hamas en Palestine qui ferme la porte aux petites lueurs d’espoir qu’on aurait pu garder. La politique élitiste sur l’immigration qui renforce toujours davantage les barrières. A cette lecture des seuls titres du Monde, que j’ai zappés pendant les 10 jours en Antarctique, il m’apparaît à l’évidence que la situation empire chaque jour, et que l’on se dirige tout droit vers un affrontement violent avec l’ensemble des pays de l’Islam. Selon la théorie que j’affectionne, et qui dit que la guerre des peuples est toujours victorieuse, cela nous promet de beaux jours !

Je me vois bien finir ma pauvre vie, voilée de noir, (une partie de ma garde-robe Agnès b. fera sans doute l’affaire !), rasant les murs pour aller au Monop du coin, dans lequel je ne trouverais même plus une bouteille de bibine à m’offrir ! Au secours !

Pour se changer un peu les idées, on passe alors à la rubrique « société », dans laquelle Amnesty International dénonce, qu’en France, une femme meure des suites de violence conjugale tous les 4 jours, et que 10% des épouses déclarent avoir déjà été battues par leur mec! Je le savais, mais chaque fois que je retombe sur cette statistique, je me pince pour être sûre que je ne rêve pas !

Pourquoi revenir dans un monde pareil, si ce n’est pas pour se battre ? Comment se battre et avec qui ? C’est la quadrature du cercle ! Je vais retrouver tout cela aussi à Paris, toutes ces interrogations auxquelles le voyage m’a permis d’échapper, toute cette révolte quotidienne qu’on ne sait pas comment exprimer et qui finit par vous étouffer. Ce matin, je me suis rendue compte à quel point j’avais décroché avec tous ces mois d’exil et d’itinérance, même si j’ai toujours fait l’effort de plus ou moins me tenir au courant.

Lire le Monde au retour d’Antarctique, c’est chuter de très haut ! C’est passer de la beauté à l’horreur, du vierge au rabâché, de l’espoir au désespoir, de l’immensité de la nature à la petitesse des êtres, de la contemplation à l’envie toujours stérile de s’engager et de se battre. Comment vais-je avoir le courage de supporter tout ça à nouveau ? Où vais-je trouver les moyens de me distraire de l’horreur, du désespoir, de la médiocrité et du combat impossible ? Au secours !

Je ne vois plus beaucoup de portes de sortie. Si l’on exclut, la famille et ses désillusions, la politique et ses pièges à cons, l’amour et ses flonflons, le travail et son aliénation, que reste t-il ?

Certains ont l’art. Moi, je n’ai pas cette chance.


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