un beau dimanche de printemps

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Australie - Jervis bay
de nadouchka, le 12-09-2005

un beau dimanche de printemps

Australie

11, 12 septembre, Jervis bay

Toute la nuit dans ma caravane, j’ai entendu les cris d’oiseaux étranges, que je ne saurais pas décrire, mais qui n’ont rien du chant des oiseaux de chez nous. Pas de doute, je suis loin de l’Europe !

C’est un beau dimanche de printemps lorsque je reprends la route pour regagner la côte. La campagne est merveilleusement belle, et je la découvre ce matin, sous le soleil, alors que j’étais arrivée la veille en pleine nuit. Ce sont les contreforts des blue mountains, des sortes de pré alpes verdoyantes, des pâturages vallonnés à l’herbe grasse dans lesquels sont disséminés toutes sortes d’arbres en fleurs, des prairies couvertes de ce vert tendre du printemps que parsèment des mimosas odorants et épanouis. Les maisons, sont étonnamment riches et tout autant des fermes opulentes que des maisons de campagne pour les citadins de Sydney et de Canberra.

Je parviens à Berry, un village de far west, très animé en ce dimanche matin, à la recherche d’une connexion Internet que je ne trouverai pas. Des orchestres de jazz désuets jouent dans la seule rue principale qui traverse le village de part en part, où une foule très gaie se promène ou déjeune aux terrasses des cafés. Beaucoup de personnes âgées sorties d’un autre âge, de familles bien propres tenant à la main des enfants blonds, de gens certainement très bien pensants, qui profitent du soleil, traînent devant les vitrines, et ont l’air heureux, mais cons. D’ailleurs n’a-t-on pas toujours l’air plus ou moins con quand on a l’air heureux ?

L’architecture du village tient véritablement de Disney Land ! Maisons de bois et magasins à balconnets sur pilotis, ornés de grands frontons arrondis sur lesquels on voit écrit " General Store " en lettres de western. On s’attend à croiser d’un instant à l’autre une diligence ou James Steward chaussé de bottes à éperons dorés.

L’histoire de ce pays, si récente est partout présente dans la décoration des magasins et des lieux publics, qui affichent des photos artificiellement jaunies des lieux au début du 19ème siècle. On semble vouloir à tout prix être doté d’un patrimoine historique et d’un riche héritage, vénérer tout ce qui se rapporte au passé pourtant si proche. Sans doute est-ce là l’apanage des gens sans vrai passé, que de se raccrocher à leur histoire récente. En effet, l’Australie n’a été investie par le capitaine Cook qu’en 1768, soit deux cent ans plus tard que les découvertes du continent africain par les portugais. A moins qu’il ne s’agisse d’une façon d’occulter les origines peu glorieuses du pays, seul continent à avoir été colonisé par les européens pour servir de bagne ! Une poignée d’hommes et de femmes condamnés pour criminalité en Angleterre, ont été déportés ici de Londres à la fin du 18ème siècle, et y ont vécu sous un régime carcéral d’une extrême violence, jusqu’à leur libération à partir de laquelle ils ont commencé à exploiter et à faire fructifier la terre. Un pays de bandits à l’origine, ce pays qui a l’air si policé ? A moins enfin, que ce mythe du passé ne serve encore à faire oublier que le peuplement et l’enrichissement de l’Australie se sont effectués par l’expropriation d’un million d’aborigènes, et par la négation violente de leur culture et de leur présence depuis des dizaines de milliers d’années sur ce territoire ! En effet, quand les blancs ont découvert le continent australien, il fut déclaré " terra nullius ", c'est-à-dire terre sans propriétaire !

Si les origines des australiens sont sans conteste essentiellement britanniques, leur mode de vie, leurs choix esthétiques, leur folklore m’apparaissent curieusement comme beaucoup plus américains qu’anglais. Je n’ai pas l’explication de ce phénomène, pas plus d’ailleurs de celle qui présiderait à leur engagement aux côtés des USA pour la guerre en Irak.

Je disais donc que je descendais les vallées verdoyantes des contreforts des blue mountains, pour parvenir soudain à des points de vue d’où l’on aperçoit la mer. Lentement, ma Toyota blanche à un pied et sans les mains, descend vers l’océan dont le bleu magnifique se découvre au gré des virages en lacets entre les arbres qui bordent la route.

C’est bien de l’océan pacifique qu’il s’agit, avec ses paysages de carte postale, mer bleue marine et moutonnante au loin, vert turquoise et quasiment immobile en bordure des côtes, sable blanc immaculé, fin et léger comme de la farine, ombres mouvantes des arbres qui en bordent les étendues. Tout le littoral de cette côte au sud de Sydney est longé de plages paradisiaques, de baies tranquilles dans lesquelles viennent se jeter des rivières translucides, de forêts luxuriantes d’eucalyptus qui jalonnent les rivages, et dont les feuillages bruissent dans le vent. C’est Porquerolles à la puissance mille, et je découvre à quel point tout ce que nous recélons de paysages magnifiques chez nous est ridiculement petit ! Notre pays, dont on dit, ce qui est vrai, la nature si diversifiée, n’est plus à mes yeux qu’une sorte de reconstitution artificielle à l’échelle de la maquette, de la variété des paysages de la planète !

Sur ces rivages sont construites de nombreuses stations balnéaires, qui regorgent de monde en ce dimanche, mais la nature semble partout intacte comme aux premiers jours. La préservation de la nature est ici une préoccupation essentielle, et dépasse largement la question élémentaire du respect de la propreté des lieux. La propreté est immaculée partout, mais là où la main de l’homme est passée on ressent une volonté très forte de ne rien détériorer ni esthétiquement, ni écologiquement. Les forêts ne sont pas " nettoyées ", et restent à l’état sauvage, les plages ne sont pas encombrées de poubelles ou d’indications à destination des touristes, les prairies même privées ne sont pas entourées de clôture, tout reste ouvert et à l’état naturel. Dans le village d’où j’écris, on s’enorgueillit d’avoir supprimé les sacs en plastique des magasins, parce qu’ils " portent tort à la vie sauvage des animaux marins " ! Je pense au caractère surréaliste qu’aurait une telle annonce sur les plages de Marseille ! Sur les routes sont fournis des numéros de téléphone d’urgence pour sauver les animaux que votre voiture blesserait !

Il n’est pas très facile sur cette côte luxueuse de trouver un hébergement à prix correct, et j’ai du en essayer plus d’un avant de trouver le motel de Huskisson où je me pose pour deux jours. J’ai besoin de dormir car je n’ai toujours pas épongé ce décalage horaire depuis plus d’une semaine. Mon sommeil, mon bien le plus précieux, est complètement perturbé, et je me sens vaseuse toute la journée.

Le lundi tous les touristes sont partis et j’ai l’Australie pour moi ! Je pars en balade explorer les plages alentours et m’émerveille de tant de beauté. Le souvenir des épouvantables livres de Coetze est en train de me quitter. La cancéreuse est morte volontairement étouffé par le clochard qui accompagne son agonie ! Il devait être deux heures du matin lorsque j’ai lu cela, et refermé ce livre que je ne conseille qu’aux personnes en très bonne santé morale, et j’en connais fort peu !

Je dévore en deux heures, au soleil et sur un sable blanc étincelant, un petit bouquin de Garcia Marquez qui relate l’histoire d’un naufragé. Merci Eliane de ces précieux livres que tu m’as apportés, mais qui au rythme où je les lis ne vont pas durer très longtemps ! Lire ainsi dans la nature et au soleil est un grand plaisir pour moi, et dans ces temps de solitude retrouvée je me délecte de ces histoires qui me distraient de la mienne.




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