Traversée du retour

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Australie - Port Campbell
de nadouchka, le 25-09-2005

Traversée du retour

Australie

25 septembre, Port Campbell

Après une nuit épouvantable dans ce " putain " de ferry, j’ai retrouvé le continent.

Il faut voir tout ce que l’esprit humain (The Spirit), peut imaginer pour emmerder les pauvres gens, alors que les riches se prélassent dans des cabines à plusieurs centaines de dollars la nuit. D’abord, on les assoie sur des chaises, numérotées, avec, bien entendu, l’interdiction d’en changer à leur arrivée, si leur voisin est par malheur un ronfleur. Puis on les dote par cruauté de sièges adjacents alors que la salle est vide. Ensuite, un esprit malsain conçoit des sièges avec des accoudoirs, prévus bien sûr pour se relever, mais sciemment bloqués, pour éviter aux passagers de disposer de deux sièges côte à côte s’ils éprouvaient l’envie d’allonger leurs jambes. Enfin, sur tous les murs du bateau, un cerveau fou mais qui fait force de loi mentionne des interdictions de se coucher, par terre comme sur les banquettes moelleuses des divers bars et salons, et des flics déguisés en marins sont payés pour surveiller si par malice quelqu’un d’épuisé n’aurait pas chu sur le sol pendant la nuit ! Ce vaisseau s’appelle " Spirit of Tasmania ", et j’y ai passé la nuit ! C’est l’esprit du diable (de Tasmanie bien sûr) qui est maître à bord.

Noter tout de même que, insomnies obligent, fumant une cigarette sur le pont, j’y ai vu la femme avec les plus gros seins du monde ! Si, si c’est vrai !

Ma robuste constitution ne m’empêche pas de poursuivre mon périple ce matin dès l’aube ! En fait, en guise de constitution, je suis, je crois, munie d’une solide rage, qui me tient debout !


Je rage contre tout, contre l’herbe trop verte (ils ont passé la tondeuse à gazon sur toutes les montagnes, ou quoi ?), les fougères trop brillantes pour être vraies (mais ils les ont cirées, ma parole !), les phares trop blancs (Ripolin ou Valentine ?), les vaches trop grasses (mais c’est dégoûtant des culs comme ça !), les parfums trop subtils (tiens ! Lavande d’Air Wick, ou Pot Pourri de Wizard ?), les rues et les routes trop immaculées (mais les boites de Mac Do, ils les mangent aussi ?), les stations balnéaires proprettes (mais c’est la section " a wonderful word " d’Eurodisney " !), etc… Trop, c’est trop ! Je pense à Marseille, aux murs noirs des maisons de la rue de la République, aux papiers gras que fait voler le Mistral, aux gros cacas dans lesquels on se prend les pieds, aux odeurs de poisson pourri sur le port, et à Paris aussi bien sûr, caca pareil et Mistral en moins.

Le décor c’est une chose, mais alors les gens ! Polis comme des galets, et si vides qu’ils ne se noient même pas dans les vagues géantes sur lesquelles ils surfent. Ils sont immergés, engloutis, mais ils ressurgissent et flottent, je les ai vus ! Des gens hors du monde, non pas parce qu’ils vivent à l’autre bout, (au fait ! lequel de bout est " l’un " et lequel est " l’autre " ?), mais parce que rien ne paraît les toucher. Un monde de privilégiés qui semble ignorer la misère, la crasse et même les catastrophes naturelles, si ce n’est pardon, les incendies dont ils sont obsédés. Pas question de fumer nulle part, et même dans la rue, il faut faire attention. Et puis, obsédés de l’environnement, des fois qu’on leur troue un peu leur couche d’ozone avec nos Peter Stuyvesand à 10 dollars (dont je prends d’ailleurs un malin plaisir à jeter les mégots par la fenêtre de la voiture)!

L’environnement, les capacités sportives et la sécurité, voilà les valeurs de cette Australie. Si vous tentez l’impossible en grimpant à un arbre géant pour sauver un koala en perdition, vous êtes probablement un héros national. Les journaux en sont pleins. Pleins aussi d’autres héros, les footballeux qui ont marqué, les vedettes qui se sont épousées, les enfants qui ont gagné des concours de chansons, etc.

Bien sûr, ne pas oublier le culte de la procédure : pour manger, vous devez entrer par la porte d’entrée, puis commander votre boisson au bar, puis attendre l’heure du service pour indiquer votre choix sur le menu (des frites ou des frites ?), en n’omettant pas de préciser le numéro de votre table (allez, retourner donc voir !), puis payer, aller chercher vos couverts et attendre, avant de sortir par la porte " exit ", et surtout pas par une autre. Maman ! Je suis fatiguée !

L’ignorance du service va de pair avec la plus parfaite des courtoisies, qui confine parfois à la familiarité : " Comment allez vous aujourd’hui ? " vous demande la caissière. Et si je lui répondais : " Et bien je vais mal, très mal, je me demande quelles raisons ai-je de vivre. Et vous ? ", J’adorerais tenter l’expérience ! Et si aux " excellent ! ", " great ! ", " brillant ! ", je répondais : " même pas bon ! ", " caca boudin ! ", ou " va niquer ta mère la pute ! " (comme on dit chez moi), que se passerait-il ?

Bon, je me calme. La nuit n’a pas été bonne, et voilà dans quel état cela me met !

Je disais donc que j’avais rejoint le continent, pour parcourir la " great ocean road ", route côtière qui borde le sud du pays, vers l’ouest. Après ce que je viens de raconter, je n’ose plus dire la vérité : c’était si beau que le paysage a eu raison de ma fatigue, et que j’ai conduit toute la journée ! Plages paradisiaques, puis côte déchiquetée, puis falaises de calcaire blondes formant des calanques grandioses (et les calanques ça me connaît !), des arches, des pitons au milieu de la mer. C’est de nouveau l’océan indien, auquel j’avais dit par mégarde adieu en quittant la côte sud africaine. Il tient ses promesses partout, celui là !

Quant aux êtres humains, ils sont ici curieux. Vêtus de combinaisons en caoutchouc noir, qui leur moulent les fesses et les testicules, ils vont pieds nus sur les sentiers, les cheveux tout ébouriffés par la mer, traînant tous avec eux une planche en forme d’os de seiche, sur laquelle ils attendent qu’une vague les submerge. Parvenus à leur parking, ils se déshabillent et vous laissent découvrir leur nudité, (difficilement extirpable de la gaine caoutchoutée à vrai dire, mais avec un peu de patience on parvient tout de même à se régaler les yeux !), pour revêtir des culottes généralement fleuries, qui descendent jusqu’aux genoux et flottent misérablement autour de leur entrejambes.

Depuis mon arrivée ici, je me sens plus seule que jamais, bien plus seule encore que dans le désert du Namib, où le peu de gens croisés étaient comme une aventure si extraordinaire que l’on ne pouvait pas s’ignorer. Je viens de passer trois semaines dans ce pays sans avoir rencontré personne d’autre que les deux françaises du premier backpacker à Sydney et, pour être tout à fait juste, Jim, qui lui est dans le XVIIIème, et qui paraît un lecteur fidèle ! Pourquoi ? Sans doute sentent-ils mon esprit revêche, ma dérision permanente, mon snobisme parisien, mon goût morbide pour le risque et l’aventure, mon odeur infecte de tabac froid, et j’en passe, et des meilleures ! Mais je crois aussi à leur manque total de capacité relationnelle, de curiosité, d’ouverture. Je ne les intéresse pas, un point c’est tout. Très peu me demandent même de quel pays je suis. Mon pays existe-t-il pour eux, si ce n’est à travers ce qu’ils en inventent, comme les french fries, les french toasts (pain de mie trempé dans l’œuf et frit pour le petit déjeuner !), les french lovers (quelle blague !).

J’aimerais bien à propos quelques nouvelles de mon pays. Et la rentrée de Sarko, ça c’est bien passé ? Et pépé Chirac il parle encore ? Et après la sècheresse, le déluge ? J’ai parfois le temps de regarder les infos sur le Monde.fr, mais pas suffisamment à mon goût. Alors, même les nouvelles du Parisien Libéré m’iraient bien. Ca existe toujours ce torchon ?

La nuit porte conseil, et est déjà tombée. Je vais me mettre en quête de quelque chose à manger ce soir, dans ce port Campbell qui me semble plus charmant que les autres bleds traversés jusqu’ici. Ce n’est pas vraiment l’aventure que cette Australie pour l’instant, et j’espère davantage du trip dans l’out-back, puisqu’il y a des aborigènes et du désert à la clef.

J’ai mal mangé, très mal, pour très cher. Je vais dormir !






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