Australie
18 septembre, Saint Kilda
Saint Kilda est un faubourg de Melbourne situé à proximité du port. Les citadins y viennent passer le dimanche sur la plage et dans les nombreux cafés restaurants en terrasse des rues avoisinantes. C’est une atmosphère très joyeuse que le soleil de printemps baigne toute la journée, et dans laquelle je me promène le cœur gai, aujourd’hui.
Pourquoi mon cœur est-il plus gai ? Pas de réponse, bien sûr, comme à chaque changement d’humeur ! Toujours est-il que ce dimanche est très agréable, si agréable que je me laisse prendre aux envies de shopping qui couvent depuis la veille. Je m’offre une jolie jupe longue indienne en soie imprimée, comme j’en portais il y a 30 ans, et je reluque une paire de sabots depuis deux jours dans une boutique qui fait face au backpacker et qui, heureusement, aujourd’hui dimanche est fermée. J’ai ressorti la trousse à maquillage de mon gros sac, inutilisée depuis des mois, et me suis même achetée une petite bouteille de démaquillant pour les yeux. Demain, je mets ma jupe et je me maquille !
Cela d’ailleurs ne suffira pas à retrouver tête humaine. Je dois m’occuper de mes cheveux, de ma peau sèche qui se craquelle comme celle d’un serpent, de mes ongles et de mes pieds. Un bon programme pour demain matin, qui devrait me garder ici au moins jusqu’à midi !
Délicieux déjeuner de délicatessen aux falafels trempés dans de l’houmous, qui me décide à poursuivre la journée en juive errante, digne de ce nom.
Pour le cas où j’aurais passé une journée trop joyeuse, je conclus donc ma promenade à Saint Kilda par la visite du Jewish Museum ! Une des bagnardes, (tiens le correcteur d’orthographe n’accepte pas ce féminin, ce qui n’a pas empêché les hommes d’envoyer des femmes au bagne !), du premier convoi de forçats qui a atterri en Australie, était juive, et condamnée pour avoir volé de la dentelle en Angleterre. Elle était si jolie et si intelligente qu’un gradé du bateau s’est épris d’elle et l’a épousée. Ce gradé deviendra gouverneur d’Australie quelques années plus tard. Ces juives tout de même elles ont du pot !
Ne dit-on pas d’elles dans la mythologie antisémite qu’elles ont le feu aux fesses et une odeur envoûtante ?
Je passe rapidement (dans un ordre chronologiquement décroissant !), sur les évocations de la Shoah, des pogromes en Russie, de la fuite d’Egypte, non pas parce que ce sont des détails de l’histoire, mais parce qu’ils ne me paraissent pas typiquement australiens ! La partie typiquement australienne raconte l’arrivée des juifs comme forçats d’abord, comme colons britanniques ensuite, puis comme réfugiés des pogromes russes de la fin du 19ème siècle d’abord et de la seconde guerre mondiale ensuite. Aucune famille ne s’est jamais établie ici comme fermiers. Tous ont eu des professions liées au commerce, à la médecine, aux arts et aux finances. De nombreuses personnalités juives ont accédé au pouvoir, et l’antisémitisme semble ignoré de l’Australie d’aujourd’hui, même si à leur arrivée massive les juifs russes ont connu des difficultés.
L’autre partie du musée est consacrée à une exposition sur la mort et les rituels funéraires qui l’accompagnent dans la tradition juive, jusqu’aux moindres détails très concrets de la préparation des corps, en passant par les miroirs voilés, les chaises basses sur lesquelles il faut rester assis 7 jours, et les œufs durs dont il faut s’empiffrer aussitôt le cadavre enterré ! Mais j’ai un moral d’acier aujourd’hui, et je dépose en signe de mon passage sur un mur destiné à laisser ses réflexions sur la question, la phrase suivante (en anglais) : je ne sais pas ce que les vivants deviennent après la mort, mais je sais que trop d’entre eux vivent comme s’ils étaient déjà morts ! En fait, je n’ai pas voulu les choquer, car le lieu respire la religion, mais si j’avais été au bout de ma pensée j’aurais dit : vivez avant que la mort ne vous anéantisse, car il n’y a rien au bout du chemin.
Mais laissons là mes coreligionnaires et leur sinistrose que je partage malgré moi, pour revenir à mon voyage.
Je quitte donc Melbourne demain, après la grande rénovation personnelle déjà évoquée, et la visite du jardin botanique qui me permettra peut-être de mettre des noms sur la faune admirable que j’ai déjà entrevue, et qui, pour l’instant, défile sous mes yeux toujours innommée. Il me faudra un jour m’acheter enfin une encyclopédie qui mette en relation les choses avec leurs noms ! Je connais les mots, j’ai vu les objets qu’ils désignent, mais j’ignore comment les nommer ! C’est absurde !
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