C'est moi la femme de Rio

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Brésil - Rio de Janeiro
de nadouchka, le 08-03-2006

C'est moi la femme de Rio

Brésil

8 mars, Rio de Janeiro

Salut les femmes ! Continuons le combat pour que cesse les avancées législatives contredites par les réalités, les paroles à doubles tiroirs, les viols, les coups des maris qui tuent des dizaines d’entre nous chaque année, les humiliations, le manque de confiance, la non reconnaissance de notre travail par une société dont nous assurons la reproduction, les regards salaces quand nous sommes jeunes et les mises au rancard quelques années après, les visages que certaines doivent voiler, les excisions mutilantes, les pilules à notre seule charge, la merde de la famille qu’il nous incomberait de nettoyer, les sous qualifications, le travail gratuit pour le mari qui se double d’un patron, la pseudo supériorité des frères, les regards pervers des pères sur les petites filles, les lieux interdits, les lieux réservés, les suspicions de mensonge pour protéger la barbarie des hommes, nos corps exhibés pour vendre, les images porno qui ravalent notre sexualité à l’état de trous. Et j’en passe… Salut les femmes ! Demain peut être serons nous vraiment la moitié du ciel.

J’apprends sur CNN la sècheresse catastrophique, et la famine au nord du Kenya où je me suis fait attaquer à mains armées pour 80 pauvres petits dollars. Dommage que les voleurs se soient faits attraper, parce qu’ils auraient probablement quelque chose à manger en ce moment. De toutes les catastrophes, la sècheresse est certainement la pire. Il est absolument inhumain de manquer d’eau, cette ressource si vitale, et si naturelle. Nous pouvons dire que de laisser les gens mourir du manque d’eau est absolument équivalent à un meurtre par strangulation qui les priverait d’air. C’est ce dont nous sommes tous coupables, par laisser faire.

La nuit dans le bus a été correcte finalement, dès que la TV s’est tue. J’arrive à Rio à 10 heures du matin, dans une chaleur toujours aussi éprouvante, chargée comme un âne, sans avoir bu ni mangé depuis la veille. Je me jette sur une cigarette avant d’avoir récupéré mes bagages. Putain, ils pourraient servir un café au moins dans ce bus !

L’hôtel où les amis de mon frère m’offrent un séjour est très luxueux ! Belle chambre avec l’air con et la télé tout autant ! Je suis gâtée pour cette dernière étape et vais rentrer à Paris en pleine forme !

J’ai tout l’après midi pour me balader, mais rien n’est facile à cause de ce portugais incompréhensible. Personne ne semble parler autre chose nulle part, et dans mon hôtel non plus. Je me trouve dans une situation que je n’avais jamais connue durant tout ce voyage. Pire qu’en Chine ! Il va falloir mimer, baragouiner en faux espagnol mâtiné de français et d’anglais, et espérer ainsi se faire comprendre ! J’ai l’impression que l’on peut en tous les cas compter sur la gentillesse des gens.

Un bus me conduit à Copacabana comme il se doit. Magnifique plage et palmiers qui bordent une avenue chicos pleine de bijoutiers et de grands hôtels. Le pain de sucre a joliment la tête dans un petit nuage qui est tout seul dans le ciel ! Les rues sont incroyablement animées derrière cette promenade et tout paraît fait de bric et de broc, de contrastes, de contradictions, de mélanges.

Les gens sont parfois blancs, parfois noirs, souvent entre les deux. Les vieux immeubles à l’architecture coloniale côtoient des bâtiments modernes parmi lesquels on trouve de tout, du building de verre élégant au HLM de béton hideux. Je croise un prêtre en longue robe de laine marron (putain qu’il doit avoir chaud !), qui passe sous un gigantesque panneau publicitaire où trône la photo de deux hommes qui s’embrassent : une pub pour un lubrifiant ! Les sex shops et les églises surmontées de pub pour Jésus sont attenants. De jolies boutiques élégantes jouxtent les bazars et les étals de bonbons vendus à l’unité. Des tas de jeunes à moitié nus et aux corps maquillés quêtent je ne sais pas trop pourquoi (du foot peut-être), tandis que les filles se baladent les os du bassin à l’air, les seins sous le cou et l’orée du pubis apparente très en dessous de la ceinture de leurs jeans. De nombreux mecs sont en short et torses nus, croisant des hommes apparemment d’affaires. Et toujours dans la série des contrastes, alors que l’on se trouve complètement étouffés dans des rues de béton, on débouche soudain soit sur la mer et sur des plages magnifiques, soit sur des jardins luxuriants. Les collines qui entourent la ville, sont presque toujours visibles, couvertes de forêt sub-tropicale, et arrivent à donner un peu de respiration. Rio me paraît un sacré melting pot, et a priori j’aime bien !

J’ai réservé un tour touristique de la ville pour demain, car finalement cette ville est immense, sa configuration complexe, et il y fait si chaud que je n’ai pas le courage de me déplacer par moi-même. Autant dire que demain soir, je vais encore être énervée contre les touristes avec lesquels je vais passer la journée. Mais au moins, je serais « montée là haut » dans un bus à air conditionné ! Ce qui me laissera, n’est ce pas, en pleine forme, pour écrire mon acrimonie dans la soirée !

Je n’ai pas encore vu la trace du moindre favela et j’aimerais bien trouver un moyen de me rendre par là. Voir Rio sans ses favelas serait comme voir Le Cap sans ses townships.

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