Brésil
12 mars, Rio
Dernier dimanche ailleurs. Prochain dimanche à Paris.
Les cloches de l’église hyper intégriste qui est près de chez moi, dont les paroissiens, très bourges et très jeunes en général, n’ont jamais accueilli mes tracts de demande de solidarité aux déshérités du quartier, autrement qu’avec des regards hautains et dédaigneux. Les rues vides que ne parcourent en milieu d’après midi que les familles qui se rendent au parc André Citroën, les tout petits sur leurs tricycles qu’assurent la main des parents. Le providentiel petit arabe qui permet la survie du quartier jusqu’à minuit, et dont la vitrine n’expose que de l’alcool. Les tournois parfois, avec départ aux aurores pour des gymnases de banlieues pourris, où on est mal assis et où on se gèle le cul toute la journée, pour parvenir le soir complètement dépités des médiocres résultats, impatients de sortir des embouteillages pour rentrer chez soi. (J’ai bien l’impression que je n’aurais plus ce courage). Les marches matinales au Parc de Saint Cloud, les jours de pleine forme, et le lendemain de bonnes résolutions qui ne durent jamais très longtemps. Les bords de Seine bondés de monde aux beaux jours, où se mêlent les parisiens chaussés de leurs lunettes de soleil et les touristes en shorts. Le marché de Convention et moi, vendant ma presse révolutionnaire face aux déchets du Front National auxquels Balladur serre la main, alors qu’ils nous ignorent superbement ! C’est ce que m’évoque le dimanche à Paris, jour où il fait bon se terrer chez soi.
J’attends Marie Alice et Sergio qui viennent me chercher. J’ai enfin terminé mon boulot de restauration perso. Je ne peux pas faire plus, malheureusement ! Ou alors il faudrait faire appel à des technologies d’une autre nature.
Demain, ce sera la dernière fois que je réorganiserai mes bagages. Je n’ai qu’une envie, c’est de déballer définitivement tout ce fourbi et de ne plus rien voir de ce qu’il contient. De réorganiser des armoires repeintes et zen, de porter des vêtements neufs, de ne plus chercher mes merdes dans la trousse de toilette, de ranger à la cave toutes les affaires d’hiver pour attendre le printemps. Ca, oui ! Vivre sans bagages sera un soulagement.
L’adorable Bernard, et sa petite coccinelle vert pomme, viennent me chercher à l’aéroport comme ils m’avaient accompagnée. Je dois dire ici un mot de ce que fut la présence de Bernard, durant tout ce voyage, son travail de mise en titres et en ligne de mes textes, ses remarques pertinentes en miroir à mes humeurs et à mes histoires, jamais normatives, toujours utiles, sa présence régulière et attentive, son humour qui souvent m’offrit la seule occasion de rigoler dans une journée. Merci mille fois Bernard ! C’était un formidable témoignage d’amitié.
Mais pour l’instant je suis toujours à Rio, dont j’ai, je crois bien épuisé les charmes, à l’exception des musées que je devais voir demain et qui, c’est toujours ainsi, sont fermés le lundi !
Marie Alice et Sergio m’invitent à déjeuner dans un merveilleux restau au bord de la mer. C’est en plein Copacabana, mais on se croirait totalement en dehors la ville sur cette terrasse qui donne directement sur l’eau. Déjeuner très agréable avec des gens que je ne connais pas, mais qui me connaissent ainsi que ma famille ! Ce fut un pas de plus vers le monde civilisé, la vie sociale, les plaisirs des mondanités, arrosé d’un cocktail délicieux d’alcool blanc et de citron vert, qui accompagne un poisson cuit dans le sel et ses petits légumes.
C’est ce que fut ce séjour à Rio pour moi, une sorte de sas vers la civilisation à laquelle j’ai échappé pendant 10 mois et demi. Je me sens enfin fin prête à la retrouver, sans trop me sentir une zombie. Il fallait bien ces quelques jours pour sauter le gap. Je n’aurais pas pu affronter Paris sans la mise en condition que Rio m’a permise.
Demain, lundi 13 mars. Dernier jour libre du voyage avant celui du vol transatlantique, qui me fera passer à nouveau l’Equateur, définitivement, pour cet hémisphère nord qui est le mien.
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