Journée carioca, gauche caviar aujourd’hui !

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Brésil - Rio de Janeiro
de nadouchka, le 10-03-2006

Journée carioca, gauche caviar aujourd’hui !

Brésil

10 mars, Rio

Journée carioca, gauche caviar aujourd’hui !

Matinée coiffeur et manucure. Je profite des prix bien bas de l’esthétique ici, pour essayer de faire disparaître les piteux stigmates de ma vie de routarde sur ma petite personne. Je passe sur les détails ! Résultat très moyen. Ce n’est ni Pascal ni Guerlain, mais c’est toujours mieux que ce que c’était.

L’après midi, un tour alternatif me conduit en mini bus dans le principal favela de Rio, Rocinha. Ici vivent 250000 personnes entassées sur la montagne, derrière un quartier chic en bordure de plage. En tout, 1 million d’habitants vivent dans ce type de logements sur les 8 millions de Rio.

Cela ressemble beaucoup plus à une médina d’Afrique du nord qu’à un township d’Afrique du sud. Les maisons sont en dur et non pas faites de planches et de tôle. Elles sont construites anarchiquement les unes sur les autres, car l’arrière de la colline ne permet pas beaucoup d’extension. Ainsi, chaque famille rajoute t-elle un étage lorsqu’un de ses enfants se marie. La vie paraît très communautaire dans cette agglomération, les associations semblant en régir le fonctionnement, et les tribus familiales étant très soudées. Apparemment, le carnaval annuel entretient fortement ce communautarisme, avec ce qu’il engendre de sentiment d’appartenance, de symboles, de compétition entre les quartiers, etc. Les venelles très étroites forment de véritables labyrinthes obscurs, dans lesquels serpentent des kilomètres de fils électriques enchevêtrés les uns aux autres : l’électricité, mais aussi le téléphone et la TV câblée sont ainsi raccordés en toute illégalité. C’est le règne de la débrouillardise, du « do it your self », et d’une certaine solidarité aussi des habitants du quartier entre eux.

La majorité des habitants est issue des régions du nord ouest du Brésil, extrêmement pauvres et où l’eau manque. La vie ici leur paraît infiniment meilleure que dans leur pays. Il y a plus ou moins toujours du travail, l’eau arrive trois fois par semaine, on a un toit au dessus de la tête, tout le confort moderne si on parvient à gagner un peu d’argent, et puis la proximité de la forêt et de la mer. Notre guide, une habitante du lieu, nous vante la vie dans son favela comme une vie somme toute heureuse. Elle exprime une certaine fierté d’appartenance à ce lieu. Pour rien au monde elle n’irait vivre ailleurs.

La juxtaposition de ce quartier avec le quartier élégant de buildings qui borde la mer est frappante ! D’un côté de la rue, on est chez les riches. De l’autre, chez les pauvres. Le coût d’un logement dans un favela est 5 fois moins élevé que dans le centre de Rio, et les habitants ne paient pas de taxes. Il faut dire que je ne sais pas à quoi ces taxes serviraient, car les services publics délaissent complètement ces quartiers, en dépit des promesses électorales que les différents candidats à la présidence ont toujours effectuées. Lulla n’est paraît-il pas beaucoup plus efficace que les autres, à moins qu’il n’ait pas encore eu le temps de faire quoique ce soit. Mais, pas de ramassage des ordures ménagères, pas de tout à l’égout partout et un ruisseau d’eaux sales au beau milieu de la rue principale, pas de bus dans tous les quartiers, pas de voirie, etc.

Pourtant ce favela est gai, comme paradoxalement l’est souvent la vie dans les milieux les plus déshérités. Les petits commerces pullulent. Les enfants rient et jouent dans les rues. Le linge coloré pend aux fenêtres. De la musique envahit les venelles, issue des maisons, des églises ou des écoles de samba. Un grand marché bien achalandé attire la foule. Les gens sont habillés comme partout dans le monde : shorts, t-shirt et tongs en plastique. Ils vaquent à leurs occupations diverses. Ils n’ont pas du tout l’air plus sinistres qu’ailleurs.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Seuls 50% des habitants des favelas savent lire et écrire. L’école reste chère et difficilement accessible. La santé également, et il faut choisir entre payer très cher et attendre 10 heures à l’hôpital public. Les toutes jeunes filles, à peine pubères, et déjà mères célibataires sont très nombreuses. La saleté et les mauvaises odeurs règnent partout, parfois difficilement supportables en ces jours de grosse chaleur. La délinquance est maximale : trafic de drogues surtout, et les pontes de ce type de marché font protéger leurs habitations par des petites frappes abominables qui font la loi dans leurs rues. Le sida en revanche, ne fait pas plus de dégâts qu’ailleurs.

Voilà. Evidemment après ce que j’ai vu en Afrique, plus rien ne me paraît vraiment abominable. Les habitants des favelas n’ont pas grand-chose, mais toujours un peu d’espoir de trouver un job a Rio, une maison-taudis mais maison tout de même qui les protège des intempéries, des associations subventionnées en général par des fonds privés qui se chargent des grosses urgences, et de quoi survivre sans faim ni soif. Ils peuvent vivre, tant bien que mal, du haut de leurs collines, et regarder encore longtemps plus bas mais tout proches, les immeubles aux entrées de marbre, équipés de télésurveillance, les palaces de Copacabana, les belles bagnoles aux vitres fumées, les terrasses des restaux aux nappes blanches. Et les touristes comme moi !

Le soir, il n’est pas question de sortir seule dans les rues de Rio, m’a dit le propriétaire de l’hôtel. Hier soir, il m’a rattrapée dans la rue où je m’engageais pour s’inquiéter de là où j’allais. Soirée très sage donc, devant CNN, l’écran de mon ordi et mes ongles bien peints ! Je suis épuisée en fin de journée avec cette chaleur, dont tout le monde d’ailleurs se plaint. Je rase les murs. Je cherche la clim. J’arrive à l’hôtel le soir dans un état pitoyable. Encore quelques jours de grand été et ce sera Paris, avec je suppose, le retour des collants, des manteaux, et du parapluie.


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