Un peu d'histoire

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Chili - Ile de Paques
de nadouchka, le 30-12-2005

Un peu d'histoire

Polynésie

30 décembre, île de Pâques

J’ai dormi d’un sommeil quasiment comateux cette nuit.

Un 4X4 vient me chercher pour le tour de l’île durant la journée. Je suis la seule touriste à bord. Le chauffeur, un français qui a épousé une pascuane et qui vit ici, va m’accompagner. C’est malheureusement bien un chauffeur, et non un guide, bien gentil mais bien bête aussi, qui n’aura aucune valeur ajoutée. Je me rends vite compte qu’il ne faut pas compter sur lui pour m’informer sur la culture de la civilisation pascuane, et regrette très vite mon erreur de ne pas avoir été plus exigeante sur la qualité du guide. Heureusement qu’il y a le guide du Routard !

En effet, ce que l’on découvre ici est hallucinant. L’île est couverte de sites qui attestent de la richesse de la culture du peuple qui a vécu ici, depuis 1500 ans environ. Ce sont des polynésiens, sans doute venus en bateau des îles Marquises, situées tout de même à 4000 km de là, qui fondent des tribus anthropophages qui se partagent ce petit territoire triangulaire couvert de trois volcans, île la plus isolée du monde, puisqu’elle se trouve aussi à 4000 km environ des côtes chiliennes.

Avant l’arrivée des missionnaires, en 1680, règne le culte des moais, gigantesques statues de pierre taillées dans une carrière de tuf volcanique à même la montagne, qui représentent la puissance spirituelle (mana) des chefs de chaque tribu. Il en existe 900 sur l’île ! Ce sont des géants qui tournent leurs dos plats à la mer, placés côte à côte sur de hautes plateformes cérémoniales. Ornés d’yeux de corail et d’obsidienne, ils sont censés protéger les habitants et expriment une terrible compétition entre tribus pour démontrer la puissance de leurs chefs. Impressionnants et d’une grande beauté, dans un paysage volcanique tourmenté, où les roches de lave noires découpent un superbe rivage contre lequel viennent se fracasser les hautes vagues bleues du Pacifique.

Après les missionnaires, le culte des moais fait place à celui de l’homme-oiseau, représenté par des milliers de pétroglyphes. Puis, les différentes tribus se livrent des guerres terribles au cours desquelles chaque vainqueur met bas les moais de la tribu vaincue. Ces guerres sont liées au surpeuplement de cette toute petite île qui ne peut ni nourrir ni donner un accès à la mer à tous. Les deux principaux groupes ethniques, les grandes oreilles et les petites oreilles, se déchirent, se révoltent, se bouffent au sens propre comme au figuré !

Les premiers navigateurs arrivent aux alentours de 1700, massacrant comme il se doit une bonne partie de la population locale. Puis ce sont les péruviens qui prennent possession de l’île et déportent en 1863 la majorité des habitants pour les faire travailler dans les mines de guano. Sous la pression internationale les pascuans seront libérés, mais 80% d’entre eux sont déjà morts d’épuisement et de maladies dans les mines, tâche que parachève une épidémie de variole qui sévit pendant le voyage et se répand sur l’île. Les pascuans sont alors réduits à quelques centaines d’habitants et la mémoire de l’île, essentiellement détenue par la tradition orale, s’étiole, puis disparaît sous l’effet " bienfaiteur " de l’évangélisation et sous les pillages des archéologues du British Muséum.

A la fin du 19ème siècle, il ne reste à l’île de Pâques qu’une centaine d’habitants, et le Chili s’en empare. Les terres de ces malheureux rescapés sont louées à des britanniques et on les parque dans le village, entouré de barbelés, les laissant vivre dans une misère atroce. Il faut attendre 1960 pour que les derniers pascuans, prisonniers de leur propre île, soient libérés et dotés de droits. Il ne leur reste que le tourisme pour survivre et tenter de sauvegarder les vestiges de leur passé.

Voilà pour l’histoire, qui, comme toujours, est celle de l’extermination d’un peuple !

Quant à la géographie de l’île de Pâques, c’est celle d’une île volcanique, aujourd’hui très pelée, très sauvage et très belle, vallonnée de milliers de petits cônes et dominée par trois sommets de 500 mètres de hauteur. Deux cratères de volcan, extraordinaires de beauté, sont accessibles. L’un contient une caldeira parfaitement ronde et couverte d’îlots de joncs, qui composent un patchwork au sein de ses eaux aux couleurs changeantes selon le ciel. L’autre, moins profonde, est faite de tuf rouge et de cendres compressées qui constituaient un matériau parfait pour la sculpture, et au fond de laquelle se trouve un lac. Les couleurs sont sublimes sous le ciel d’aujourd’hui, tantôt bleu tantôt gris, les averses courtes mais denses que l’on voit arriver par la mer, se succédant régulièrement.

Dimanche je loue mon propre véhicule pour refaire un tour de cette merveille.

Soirée pluvieuse et solitaire dans un petit restau. Je suis toujours très fatiguée.


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