7 juin, jolie balade au lac Naivasha
Encore une fois ma montre n’a pas sonné ce matin ! Je suis réveillée par les milliers de chants d’oiseaux qui accueillent le lever du soleil. Certains font des bruits de réveil matin, d’autres chantent de petites mélodies répétitives, d’autres encore sifflotent en rythme. Pas le moindre silence et pas non plus le temps de se laver. La nuit n’a pas été très confortable, le matelas étant proche de la densité 0.
Nous partons à 7h30 en mini bus et en demi groupe pour nous balader sur un petit lac, proche du lac principal. Il est enfoui au fond d’un cratère presque parfaitement rond. Sa surface est incroyablement immobile et verte, du vert profond de la forêt qui l’entoure et s’y reflète. Des flamands roses forment un bouquet tout près des roseaux un peu plus loin. Des petits oiseaux huppés viennent picorer des écorces de mangue. Les acacias développent leurs branches vers le ciel et y dessinent des petits parasols finement dentelés. Des colobes (encore eux !) grimpent sur leurs troncs et s’élancent d’un arbre à l’autre. A l’extrémité des branches d’arbres pendent de gros nids d’herbe séchée. Au sol, des pierres d’obsidienne reluisent d’un noir lisse et brillant qui évoque bien leur tranchant.On peut sentir tour à tour la menthe et l’odeur saumâtre de l’eau qui croupit. Une terrasse de bois surplombe le lac, et mes compagnons de voyage se lancent à c?ur joie dans leur dose de cholestérol du petit matin : saucisses, ?ufs brouillés et bacon, auxquels on a ajouté quelques frites au cas où ce ne serait pas suffisant !
Pendant ce temps, je me délecte du paysage, des bruits et des odeurs, en fumant une cigarette avec une tasse de café chaud. Le bonheur quoi ! Tout paraît parfaitement immobile, l’eau du lac, les arbres qu’aucun souffle d’air ne perturbe, la brume qui peu à peu se dégage pour faire place au doux soleil du matin.
La seule ombre à ce moment de plénitude vient encore de ma montre, qui ce matin a décidé de sonner toutes les heures !
Nous suivons à pied une sente herbeuse qui semble faire le tour du lac, puis qui s’enfonce un peu plus loin dans la forêt, gravissant le flanc de l’ancien volcan. Ce n’est pas très long ni très pentu, mais je suis toujours la dernière dans ces occasions là, et j’essaie de ne pas me faire remarquer.
De là haut, on parvient à un superbe point de vue sur le lac, puis à une grande plaine, où paissent des vaches, des zèbres et des girafes. Tout autour de nous et à l’horizon, la grande ceinture de collines qui entoure le lac Naivasha.
Le guide qui nous accompagne s’efforce de s’arrêter sur chaque plante pour nous en donner les noms en swahili et en anglais. Cela me fait une belle jambe ! Non seulement je n’apprends rien pour le scrabble mais en plus je me fiche un peu de savoir comment elles s’appellent. La botanique n’est pas plus mon fort que la zoologie. Pourtant j’adore vivre avec les plantes, les voir pousser, prendre soin d’elles. Elles ont toujours été très présentes dans les différents lieux que j’ai habités. Mais parfois, à quoi bon mettre un nom sur les choses ? J’aime les plantes pour ce qu’elles donnent à voir et à respirer J’aime les mots pour ce qu’ils sont, une combinaison arbitraire de voyelles et de consonnes, une matière à partir de laquelle on peut faire des phrases, des suites de sons qui chantent quelque chose. Le lien entre les deux ne m’est pas toujours indispensable. Les images doivent pouvoir se passer de mots, et les mots d’images. Vous l’aurez compris sans doute, je suis trop matérialiste pour m’intéresser vraiment aux significations. J’ai besoin de mettre un nom sur les choses bien sûr, mais les mots sont bien plus pour moi que de simples signifiants qui ramènent à un objet. Ce sont surtout des objets à part entière, avec lesquelles on
peut jouer et rêver.
Pendant que j’écris de petits oiseaux multicolores, jaunes, verts, rouges, s’approchent de l’ordinateur, et me distraient de mes considérations linguistiques alambiquées !
Revenons plutôt au groupe de ce matin ! Tous les " sexués " ont choisi de faire du vélo. Ce qui exclue, le couple le plus âgé déjà hors de course ou qui s’économise, et les deux petits jeunots blondinets qui préfèrent faire la grasse matinée plutôt que du tourisme. Restent donc pour la balade sur le lac : le jeune couple de suisses allemands qui ne comptent pas prendre le moindre risque évidemment comme le leur impose leur nationalité, le couple âgé d’américains qui semble bien décidé à rester actifs jusqu’au bout, le couple de filles anglaises, une jeune britannique étrangement blonde avec une mèche noire qui lui barre le crâne, Sandra évidemment, et moi ! Il est plus facile d’observer les gens en demi groupe et je ne m’en suis pas privée. Malheureusement le caractère public de ce site ne me permet pas tout à fait d’être libre dans mes descriptions.
Juste quelques traits donc, pour se limiter à l’esquisse !
La fille suisse allemande très mince, très fine, marche toujours avec le petit doigt en l’air. Elle a l’air amoureuse de son suisse de mari, un garçon plutôt sympa, souriant, mais atrocement neutre !
Le couple de filles, dont l’une fait penser à Bécassine, d’autant plus qu’elle porte ce matin un petit chapeau breton, et dont l’autre a toujours les sourcils froncés sous sa casquette américaine. La première arbore toute la journée un demi sourire béat de lèvres fines dont les commissures rejoignent de chaque côté ses grosses joues rondouillardes. L’autre a les cheveux très courts, le nez un peu busqué, des yeux bleus toujours plissés et un air triste.
Sandra plus luisante que jamais, pour éviter sans doute de devenir plus rose qu’elle ne l’est déjà. Elle porte un T-shirt bleu turquoise qui ne dissimule aucun des plis de son dos.
La jeune anglaise aux cheveux bizarres tient un journal, (ils sont plutôt cons en général les gens qui tiennent un journal ! Non ?). Elle me fait penser à je ne sais plus quelle shampouineuse que j’ai du rencontrer dans un salon de coiffure de Marseille. Elle est la seule en T-shirt manches courtes et en rose vif. De temps en temps elle dessine plutôt bien d’ailleurs sur son petit carnet, affirmant qu’elle a besoin de tous ces supports pour pouvoir se rappeler de tout !
Le couple d’américains, elle toute petite et rondouillette comme le sont les femmes ménopausées, lui grand échalas couvert d’un chapeau colonial en toile. C’est elle qui fait les comptes et note toutes les dépenses sur un petit carnet. C’est elle qui répond à la place de son mari pour choisir le menu du petit déjeuner. Mais elle a de jolies yeux bleus et est souriante comme le sont tous les amerlos, ces traîtres !
Tout ce beau monde arbore ce matin pour sa première journée africaine, des vêtements tropicaux, grands pantalons beige de coton fin à multiples poches, grandes chemises assorties à manches longues, et des chaussures de marche. Ils ont du faire les courses ensemble, car ceux qui vont deux par deux portent souvent les mêmes vêtements ! Personne sauf moi n’a oublié sa gourde, car c’est bien connu dans les pays tropicaux, il faut s’hydrater.
Sauf que ce matin, le ciel est bien couvert, et que le soleil a du mal à se faire une place dans l’humidité encore très présente de la nuit. On se tartine de crème anti-moustique et bronzante avant le départ. C’est fou ce que les occidentaux peuvent se tartiner ! Sans oublier jamais le stick contre les lèvres gercées, car on le sait au grand air les lèvres ça se gerce, et que quand elles sont gercées... Au fait ! Que se passe t-il quand les lèvres sont gercées ? Linda doit pouvoir trouver dans ses magazines féminins une excellente réponse à ma question !
Nous avançons tranquillement jusqu’à une grande prairie qui borde un autre petit lac. Là, un grand arbre est recouvert de cormorans qui par instants prennent un bref envol. Dans l’eau un hippopotame, grosse masse informe et marronnasse à demi immergée, fait l’admiration de tous. Moi je me délecte d’une femme masaï habillée de rouge, qui lave son linge dans le lac un peu plus loin. Elle est courbée en avant, totalement immobile sur ses jambes, et le dos parfaitement creusé, faisant surgir son arrière train comme une pastèque derrière elle. De profil et de loin, on a du mal à la distinguer d’un animal à quatre pattes. Un peu plus loin encore, de jeunes enfants conduisent des troupeaux de vaches s’abreuver dans le lac. Tout au bout, on devine le village masaï, dont les huttes sont joliment précédées du linge de toutes les couleurs qui sèche sur une corde tendue. Puis on nous sert des fruits : mangues, fruits de la passion, ananas, pastèque, bananes. Les anglo mangent encore de bon cœur.
A notre retour Anna demande comment s’est passée la balade. " Wonderfull ! " répondent-ils, on a eu des œufs brouillés et des saucisses, du bacon et des chips, et vers midi un délicieux lunch de fruits ! Ils sont passés à côté de quelque chose ou quoi ?
Nous faisons connaissance avec Ian, notre nouveau leader, un très grand australien baraqué et tatoué, qui porte une toute petite queue de cheval !
Description un peu plus loin, dans un nouvel épisode...
Cet après midi tout le groupe a été visiter la maison de je ne sais quelle colonialiste qui a étudié les lions. Je décide de rester ici dans la prairie au bord du lac et d’écrire.
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