Kenya
10 juin, les merveilles du lac Nakuru, ou quand je commence à goûter aux joies du safari
Départ très tôt comme à chaque safari, les animaux n’aimant pas faire la grasse matinée. J’ai acheté à la ville de Nakuru l’outil qui me manquait : un petit réveil de voyage Casio. Globe-trotters, vous l’avez rêvé ? Casio l’a fait ! Minuscule comme il se doit, il donne l’heure en français, sans avoir besoin de se casser la tête avec les AM et les PM, surtout le soir au coucher après avoir bu plusieurs bières. Il a une fonction " snooze ", c'est-à-dire qu’il prévoit que vous n’entendrez bien sûr pas la première sonnerie ou que vous allez vous rendormir aussitôt. Il tient debout, et éclaire le cadran à la moindre pression quand vous vous inquiétez de ne l’avoir pas entendu. Les chiffres sont écrits en si gros caractères que vous n’avez pas besoin de chercher vos lunettes à tâtons au milieu de la nuit. Il pèse à peine quelques grammes, et sait se faire oublier quand vous n’avez plus besoin de lui. Cette petite merveille technologique va me changer la vie !
Dès le départ nous rencontrons très prés de nous des rhinocéros blancs, dernière nouveauté des safaris à la mode. Leur bouche énorme et très molle suce le sol comme un aspirateur pour avaler de l’herbe. Comment font des bêtes si énormes pour ne manger que de l’herbe ? La nature est bien injuste avec les pachydermes qui sont au régime toute l’année. Au dessus de cette espèce de bouche suceuse, la plus grande corne, très exactement placée au milieu de la tête, puis au dessus encore, une autre, plus petite dont on se demande bien à quoi elle peut servir. De chaque coté du crâne et toujours dressées, deux petites oreilles pointues ridicules chapeautent le tout. Elles surmontent deux renflements latéraux très laids qui doivent abriter des sortes d’yeux. Il y a du boulot pour Mimoun ! (Linda me comprendra !). Des plis très nets séparent la peau du corps des membres, des plis qui tombent comme ceux des femmes trop grosses, et je m’y connais ! Très courts sur pattes et très charnus ils sont dans l’ensemble gris clair. Ce sont des rhinos blancs. Ils tendent à disparaître, et les femelles ont bien du mal à trouver des mecs pour leur faire des petits. Cela me rappelle quelque chose !
La vue sur le lac dont nous nous approchons est féerique. Les flamands forment une bordure rose, douce et irrégulière tout autour des berges. Ils paraissent de loin totalement immobiles, et il semblerait qu’il s’agisse que de l’effet d’un peintre qui aurait trouvé l’eau du lac trop uniformément bleue. Partout volètent de petits oiseaux bleu-vert, dont on peut apercevoir le ventre orangé quand ils se posent.
En s’approchant de plus près, on distingue parfaitement les deux pattes, droites comme des baguettes des flamands roses, et leurs corps tachetés de noir. Ils se reflètent parfaitement dans l’eau, créant ainsi l’illusion d’un nombre encore plus grand qu’ils ne sont en réalité.
La route grimpe jusqu’à un promontoire qui offre un panorama grandiose sur le lac et les collines environnantes. Là, un café nous attend, et un peu de temps nous est donné pour nous abandonner au spectacle. C’est un moment d’enchantement dans lequel je sens sourdre en moi le goût pourtant bien lointain du safari !
Lorsque nous redescendons, je peux grimper sur le toit du camion, alors que nous approchons des berges du lac. A l’arrière des flamands, une colonie de pélicans, et tout près de nous de gros oiseaux noirs hideux, des marabouts. Lorsque ces échassiers s’envolent, ils sont énormes tant par leur corps que par leur envergure, comme le sont d’ailleurs les pélicans blancs infiniment plus esthétiques.
J’arrête là la description du lac Nakuru, le talent me manquant pour aller plus loin.
Plus tard nous nous arrêtons de nouveau dans la ville, ville moyenne dont les abords sont plutôt agréables avec ces centaines d’enfants en uniforme qui viennent de quitter l’école. Le cœur de la ville est vite atteint, et nous nous garons sur une place animée d’un marché pour touristes. Aussitôt descendus du truck, ce sont les harcèlements de marchands ambulants qui nous assaillent. Vendeurs de rhinocéros en bois, de statuettes masaï, de fruits, de cartes postales et de chaussettes pour mon mari ! De garde pour le camion, je dois rester là et j’ai bien du mal à leur échapper. Quand ils ont enfin compris que je n’achèterai rien, ils entreprennent la conversation.
Est-ce que je suis chrétienne ? Est-ce que je crois en Dieu ? Et si je n’y crois pas, comment puis je expliquer que je sois sur terre ? Et les arbres si beaux ? Et le ciel qui apporte la pluie quand il fait chaud ? Je ne crois pas non plus au paradis ? Mais que devient-on alors après la mort ? Peut-être est ce que je crois à la réincarnation alors ? Non ? Mais est ce que je pense qu’un jour peut-être je vais me mettre à croire en Dieu ? Est-il vrai qu’en France on n’ait pas le droit de prêcher dans la rue ? etc. etc. Etrange discussion avec des jeunes qui n’ont pas l’air trop bête, après avoir refusé les statuettes, les fruits et les chaussettes pour mon mari !
Pendant ce temps des enfants en haillons nous regardent. Ce sont des orphelins me dit-on, soit du sida, soit de la guerre civile. Ils errent dans les rues, et tels des animaux sauvages n’acceptent aucune forme de secours ou d’hébergement. Ils sniffent de la colle, commettent de petits larcins et dorment dehors. Le plus âgé doit avoir 10 ans. Comment pouvez vous faire pour aider ces enfants là, me demande t-on ? Je ne sais pas… Peut-être seulement les photographier et dire qu’ils existent. Le petit groupe qui s’est formé autour de moi acquiesce.
Une femme folle grimpe à un arbre et se met à crier. Elle fait diversion et le groupe se disperse. Le plus intelligent de tous mes interlocuteurs insiste pour avoir mon adresse e. mail. Je lui en fournis une fausse pour ne pas être importunée. Je n’ai plus une ombre de naïveté sur ces rencontres dans des pays du tiers monde. Elles ne sont que le prélude à une demande d’aide que je ne peux pas donner. J’ai perdu mes illusions de pouvoir modifier l’ordre des choses, et je choisis pendant ce voyage de rester fidèle à mon nouveau principe réactionnaire : rien ne sert de vouloir transformer le monde, encore faut-il pouvoir le contempler.
Soirée luxueuse dans une ancienne ferme kenyane où je m’offre une chambre à 32 $ ! Il y a trois jours que je ne me suis pas douchée. Bain chaud, draps propres, moustiquaire à baldaquins et sommeil en toute confiance avec mon nouveau réveil !
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