route vers le Masai Mara

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Kenya - Mara Masai
de nadouchka, le 31-05-2005

route vers le Masai Mara

31 mai, route vers le Masai Mara

Nous avons pris un peu de temps ce matin, et cela fait un bien fou ! Les départs en musique aux premières lueurs du soleil, quand le camion démarre et que l’on se sent reposée et propre, sont géniaux. J’ai pu ce matin boire mes deux cafés et fumer tranquillement ma première cigarette. C’est peu de chose, mais ici c’est beaucoup !

D’ailleurs tout ici prend une importance incroyable. Le moindre petit extra que l’on peut s’offrir, le moindre instant de pause, est vécu pleinement et procure un grand plaisir dont on se délecte en toute conscience. J’adore ce plaisir là, qui naît de la frustration, et permet de goûter pleinement à la vie.

Ce matin j’ai la pêche ! Le nid dans les bougainvilliers y est sûrement pour quelque chose. J’éprouve un grand sentiment de liberté à cette expérience du nomadisme, qui limite notre dépendance à la satisfaction de nos besoins naturels et aux contraintes des terres que l’on parcoure. C’est une forme de liberté poussée à l’extrême qui me rend euphorique !

Je regrette d’avoir raté l’époque des beatniks et des hippies, qui m’aurait certainement comblée. Je l’ai à peine effleurée dans ma jeunesse, et vers la trentaine dans un sursaut tardif pour la retrouver, mais ne l’ai pas pleinement vécue. J’ai consacré cette jeunesse à militer pour transformer le monde, à attendre la Révolution, ou à la préparer, pendant que d’autres faisaient le choix d’une autre vie, faite de plaisirs personnels, de musique, d’amour, d’errance et de liberté. L’histoire ne leur donne t-elle pas raison ? Pour me consoler, je me dis que seul compte l’idéalisme, et pas le choix de la doctrine, mais cela n’est pas suffisant.

Nous nous dirigeons maintenant vers la plus grande réserve animalière du Kenya, le Masai Mara, à la frontière de la Tanzanie, où nous sommes supposés voir des lions, et rencontrer le peuple Masai. La route sera longue et difficile aujourd’hui.

Je me réjouis d’avoir perdu un peu de poids et me rappelle Mam, qui se plaçant de profil devant nous, une main sur le ventre l’autre sur les fesses, nous disait invariablement : " Tu ne trouves pas que j’ai un peu maigri ? " J’ai envie de faire ce geste ce matin !

J’en profite au moment de la courte pause déjeuner pour m’acheter un paquet de frites affreusement grasses qui se révèleront très vite immangeables.

Mais revenons au voyage ! Le Kenya est superbe ! Les paysages sont ici plus grandioses qu’en Ouganda, plus secs aussi, moins équatoriaux. Les vues sur des plaines infinies où paît ( ? paisse ? c’est le verbe 104 une horreur !) le bétail, sont barrées à l’horizon par de grandes chaînes de montagnes chapeautées de nuages. Les acacias ombrelle, si typiques de l’image que l’on a de l’Afrique, sont majestueux, isolés au milieu des plaines de savane qu’ils parsèment d’ombres dentelées et précieuses. La savane me paraît plus verte que lors de notre premier passage au Kenya. Parfois, elle prend des airs de prairies ou de bocage normand.

Je me remets à la fenêtre pour un petit kaléidoscope du jour :

- Une grosse femme habillée de blanc marche en traînant les pieds dans un champ,
- Au loin, un lac comme un miroir, immobile,
- Une maman babouin, son bébé sur le dos, nous regardent sur le bord de la route,
- Des gens font la sieste dans des sortes de terrains vagues, qui doivent être des jardins publics,
- Un prédicateur fou harangue des foules qui n’existent pas,
- Une charrette péniblement tirée par deux ânes transporte des bouteilles de gaz,
- Des papillons blancs semblent faire la course avec le camion,
- Des vaches broutent le long d’une voie ferrée,
- Deux hommes font leur lessive dans la poussière de la piste,
- Un groupe d’ânes s’abreuvent dans les flaques boueuses formées par les pluies de la nuit,
- Des bergers dépenaillés portent, comme partout, leur bâton sur la nuque,
- Un homme à bicyclette est vêtu d’une chemise de satin violette qui se gonfle sur son dos comme une voile,
- Une toute jeune fille, pieds nus, vêtue de rouge, fait du stop avec un grand sourire,
- Un bébé de deux ans, sait déjà dire " money ! " au passage d’un étranger,
- Des troupeaux hétéroclites, d’ânes, de chèvres, de vaches et de moutons, gardés par un même chien, paissent (oui, je suis sûre du pluriel !) en même temps,


La route est atroce. Bien que revêtue d’asphalte, elle est totalement défoncée, et ce sont pour nous des montagnes russes toute la journée. Il n’est plus question de nids de poules ici. Ce sont de véritables cratères emplis de flaques boueuses entre lesquels le truck doit slalomer, nous bringuebalant de tous côtés. Sans camion on ne passerait pas ici. On en croise d’ailleurs un grand nombre en sens inverse qui viennent de Tanzanie.

Nous commençons au milieu de l’après midi à atteindre le pays masaï, et à croiser les premiers hommes vêtus de leur châle rouge vif qui enveloppe tout leur buste jusqu’aux genoux, bras y compris, et les fait ressembler à de grands échassiers debout sur leurs jambes maigres et bien droites. Ca et là, des petits hameaux de maisons basses et carrées, disposées en rond parfois autour d’un maigre acacia, sont protégés des lions par des haies de branchage. Au centre du cercle d’habitations, pas de verdure, rien que de la bouse de vache et de la boue, labourées par des pieds nus.

Plus loin, les hameaux sont parfois un peu différents. Même forme de maisons et même disposition, mais apparemment les populations doivent y être plus sédentaires. Les habitations sont en effet recouvertes d’un toit de tôle ondulée bleue.

A l’arrivée aux portes de la réserve, nous sommes assaillis par les vendeuses de bijoux de perles de toutes les couleurs. Elles portent une superposition de tissu très vif, rouge, jaune, bleu, vert, qui les couvre jusqu’à leurs pieds nus. Leurs oreilles sont découpées comme de la dentelle, et ornées de bijoux divers.

C’est alors que nous avons l’autorisation de nous rendre sur le toit du camion à travers les deux trappes que l’on voit au plafond depuis le début du voyage, l’une à l’avant, l’autre à l’arrière de la cabine, et dont nous ignorions jusqu’alors l’usage. Ces trappes donnent accès à deux sièges pouvant accueillir quatre personnes chacun, munis de ceintures de sécurité. Un petit coussin derrière le dos permet d’atténuer les cahots. C’est grandiose ! On domine tout ! Nous passons sur des ponts minuscules et c’est le vide de part et d’autre ! La piste est encore plus défoncée et ravinée que ce que nous avons vécu précédemment. Le truck avance à 5 à l’heure, très prudemment cherchant sa voie à travers les trous et les flaques, suivant consciencieusement les traces des véhicules précédents.

A chaque flaque rencontrée sur la piste, Anna descend pieds nus pour en mesurer la profondeur et vérifier que le camion passe. Il slalome lentement au travers des trous et des ravins qu’ont causés les pluies, penchant souvent de façon assez effrayante sur un des côtés. On se croirait dans un bateau. Il faut s’accrocher sérieusement et se dresser sur nos pieds posés sur une barre métallique pour compenser les mouvements du véhicule, comme si l’on faisait du rappel.

Mais, Dieu que la savane est belle au soleil couchant ! Nous nous mettons à chanter " le lion est mort ce soir " à tu tête.

C’est une impression de bout du monde que d’arriver ici après 11 heures de route. J’ai d’ailleurs le sentiment que le choix du circuit est toujours très jusqu’auboutiste dans ce voyage. On se rend toujours au bout du bout, dans le campement qui se trouve le plus éloigné, toujours plus loin jusqu’à la fin de la route et des limites du possible. Je ne comprends d’ailleurs pas toujours la logique du circuit. C’est un peu comme un jardin à l’anglaise. On passe par là et on repassera par là. C’est une logique qui doit répondre à des critères que j’ignore, mais qui au final permet vraiment d’aller partout où cela est possible, et de rendre le voyage très complet.

Nous sommes déjà dans la réserve, et je me prends au jeu qui consiste comme dans le jeux de Mickey à deviner où sont cachés les animaux dans une configuration complexe de formes et de couleurs qui défilent devant nous. Du toit du camion, on se croirait dans un film ! Un film de Frédéric Rossif évidemment, dans lequel les animaux sortiraient de l’écran pour devenir vrais.

Les arbres chargés de la chaleur du jour dégagent des parfums très forts qui nous assaillent par bouffées. Le soleil est en train de se coucher. Nous arrivons au campement et j’ai faim.

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