10 Mai, train Mombassa-Nairobi, une petite note de nostalgie !
Nous devons quitter ce soir Tiwi Beach pour retourner à Nairobi en train, le camion s’y rendant dès le matin par la route avec les deux chauffeuses. Belle journée dans un hôtel de luxe au bord d’une piscine superbe, dont les eaux parfaitement turquoise serpentent parmi les bougainvilliers et les palmiers. On passe sous de petits ponts de bois, on descend d’un niveau sur des toboggans lisses en pente douce, on est dans une eau à 28 degrés…Rien d’extraordinaire donc, si ce n’est que j’ai passé deux heures trente à essayer d’alimenter le site sans succès ! Paradis donc, mais de pacotille !
Retour sur le ferry, magnifique ! Un immense cargo nous passe sous le nez. Je me souviens d’une émotion très forte ressentie un jour dans une calanque de l’île du Frioul, quand l’horizon s’obscurcit soudain, et qu’un gros paquebot l’a totalement obstrué sur son passage. La mer avait disparu.
Dans les deux sens il y a foule. C’est l’heure de la sortie du travail. Les couleurs des vêtements des gens sont une véritable fête. On voit ici des couleurs que nous ne voyons plus dans nos rues, des mélanges éclatants de rouge et de jaune, des bleus électriques, du vert pomme avec du rose. Ca ressemble aux frises que l’on faisait enfant quand on venait de recevoir une nouvelle boite de crayons de couleur.
La gare de Mombassa tranche férocement avec le paysage que nous venons de quitter. C’est un très long quai de béton complètement sombre, qui surplombe des voies où poussent des herbes folles, ce qui lui donne de fausses allures de gare de campagne. Un toit de tôle ondulée le recouvre et sous ses tuyaux de fer, sont accrochés en série des ventilateurs qui tournoient tous ensemble. Seul l’éclairage de secours semble fonctionner. Aucun panneau d’indication, aucune horloge, aucun siège pour s’asseoir. Les voyageurs, sans doute des habitués, s’asseyent au bord du quai, les jambes pendantes dans le vide. C’est très silencieux et sinistre. Un café aux airs coloniaux égaie un peu la scène, mais il est vide et sa terrasse sur le paysage du quai guère attrayante. Le train viendra avec 1h30 de retard, sans aucune annonce ni de son arrivée ni de son retard, personne ne manifestant d’impatience, tout le monde semblant certain que le train finira bien par arriver ! Pendant l’attente, les gens s’installent, par terre ; une femme somnole sur sa valise en carton, une autre assise sur un bidon de plastique jaune nourrit un bébé en bas âge au sein, une touriste très longue et très maigre est dignement assise sur son sac à dos. On sent toujours le vent chaud de l’océan qui s’engouffre. J’aurais aimé prendre des photos mais les gens le ressentent très mal. Je me suis abstenue donc. La maman d’un petit garçon de deux ans a accepté que je sois photographiée avec lui. Il faut voir l’étonnement émerveillé des gens quand ils découvrent leur image sur l’écran d’un appareil photo !
Le train arrive dans un silence impressionnant, précédé d’un homme muni d’une lanterne qui demande aux gens de se lever du bord, au fur et à mesure de son avancée. Il ressemble à une de ces vieilles michelines que j’ai connues dans mon enfance, et qui alors paraissaient le comble du modernisme à côté des trains à vapeur. Je me souviens de mon grand-père qui m’amenait les contempler à la barrière de la gare du bas du boulevard Chave. J’avais peut-être 3 ou 4 ans, et il fallait passer devant une prison avant d’y parvenir. C’était déjà l’aventure !
Le wagon de seconde classe qui paraît être le notre est fermé à clef quand le train s’arrête. Un homme vient nous ouvrir et nous entrons dans une obscurité totale chercher les couchettes qui nous sont destinées. C’est un peu angoissant. Quand le train s’ébranle toujours aussi silencieusement un autre homme en uniforme vert viendra nous apporter une lanterne. Chacun prend sa place. Les compartiments sont tout à fait semblables aux couchettes de 3ème classe que j’ai connues chez nous, un peu plus spacieux peut-être : couchettes revêtues de skaï vert, petit évier en inox, murs lisses, absence totale de couleur.
La banlieue de Mombassa défile, sordide comme toutes les banlieues, mais infiniment plus intéressante à regarder que le palace doré de ce matin.
L’ambiance commence à s’animer, quand soudain, surgit un son de xylophone très rythmé qui annonce l’ouverture du wagon restaurant. Là aussi, souvenirs d’enfance, les nappes blanches et les couverts en argent, les porte-couteaux et les petits pains, les stewards en livrées blanches (enfin, on dira plutôt blanc cassé !). J’y ai dîné plusieurs fois étant enfant avec mon père sans doute, grand habitué des trains dans lesquels il était très fier de montrer qu’il était comme chez lui. C’était son luxe à lui le wagon-restaurant, luxe à l’ancienne comme il devait l’aimer, y retrouvant l’atmosphère des beaux cafés de la Vienne du début du siècle qu’il avait dû délaisser. En France, dans les années 50 ou 60, c’était devenu déjà un luxe de représentant de commerce, mais je ne le savais pas. J’étais facilement éblouie par mon papa !
Les serveurs étant plus nombreux que nous, seuls convives, le repas fut expédié en 20 minutes, tout l’équipage faisant de son mieux pour aller s’allonger au plus tôt. Un steward en livrée blanc cassé ne gagne que 170 dollars US par mois. En dehors de son travail de nuit il doit en général le jour cultiver les champs pour nourrir sa famille.
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