Réserve de Samburu

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Kenya - Samburu
de Nadouchka, le 12-05-2005

Réserve de Samburu

12,13 Mai Réserve de Samburu


En quittant le chalet de Blanche Neige, toujours comme à l’accoutumée au petit matin, dit aussi poltron minet, il fait encore bien sombre. Toute engourdie du froid de la nuit je fais mes préparatifs dans un demi-sommeil, et vaque à des opérations diverses du type : transférer les affaires d’un sac à l’autre, remplir ma gourde d’eau pour la journée, fumer une première cigarette, mettre un protège slip dans ma culotte sale pour économiser la lingerie, etc. Levant les yeux, j’aperçois en sortant de la douche un grand corps noir, debout, absolument immobile, et me dit qu’il était bien étrange de mettre là une statue de bronze. Le corps bouge, non ce n’est pas une statue, mais bien un homme qui me regarde adossé à un mur. Cet homme est très noir dois je dire pour m’excuser !

La route de Samburu traverse toutes les Highlands kenyanes. Imaginez les Alpes, avec au loin le mont Kenya enneigé, ses alpages, ses prairies, sa végétation de haute montagne, mais avec des noirs, et ça et là, pourquoi pas, un bananier, un mimosas, un arbre cactus. L’air est très frais mais le soleil brûlant. Tout est contradictoire et assez gigantesque par rapport à nos paysages. C’est vraiment en France que les habitants d’aussi grands espaces doivent se sentir à Disney Land.
Les routes ne fournissent jamais aucune indication ici. On roule et on ne demande rien. Anna et Lisa s’orientent à l’aide de la carte. Nous, nous faisons rouler sans rien demander d’autre jusqu’au moment où le truck s’arrête. Seules les églises et les écoles sont indiquées dans ce pays sur la route, et elles sont nombreuses. Partout des enfants en uniforme marchent en cohorte pour les rejoindre. L’uniforme n’est pas ici le seul signe d’un embrigadement, mais bien aussi un moyen d’être tous égaux, devant les niveaux relatifs d’une pauvreté généralisée dont on aimerait dissimuler l’ampleur.
Les routes après plusieurs heures ne sont plus que des pistes. Un paysage semi désertique fait progressivement place aux alpages. Nous ne pouvons plus cheminer qu’à 20 à l’heure tout au plus. La fenêtre grande ouverte on a le temps de voir chaque plante, chaque caillou. Le camion cahote terriblement. Nous sommes bercés. On ne peut plus penser à rien. Il faut la nuit pour que les pensées assaillent de nouveau la tête. Je fais des rêves qui ramènent à un passé très lointain et la richesse de ma vie intérieure nocturne a son pendant dans le vide absolu de ma tête durant ces journées de route.
Un petit garçon tout habillé de bleu roi, nous suit en courant et fait la course avec le camion. Il est adorable !
Nous rencontrons de plus en plus de boue sur la piste, jusqu’au moment où il nous faut rebrousser chemin pour trouver un autre passage. Eviter l’embourbement est une préoccupation essentielle à bord pendant la saison des pluies. Il est vrai que quand on me voit on se rend vite compte que pour pousser le truck il faudra compter sur d’autres forces !
Ici on commence à atteindre le bout du bout. Nous rencontrons une grande rivière rouge bordée de gigantesques palmiers avec leur chevelure de feuilles mortes qui pendent en grappes autour du tronc. . Je pense au Nil. On pourrait effectivement être en Egypte maintenant. Partout du sable. Les maisons ne sont plus que des huttes de branchage faites probablement de branches et feuilles de palmes. Elles sont très basses et paraissent infiniment précaires. Entre les branchages on colmate les brèches avec de la boue séchée, du plastique ramassé un peu partout, des vieux vêtements. Ce ne sont vraiment plus que des cabanes et il n’y a rien d’autre.
Lunch rapide au bord de la rivière. L’efficacité de la mise en place de tout le matériel est devenue incroyable. En quinze minutes, 8 personnes ont sorti tables et chaises, se sont désinfecté les mains, ont mangé, fait la vaisselle (3 bassines en plastique, l’une pour le produit nettoyant, l’autre pour le désinfectant et la troisième pour le rinçage, bien alignées et tout le monde en chaîne. Au bout de la chaîne on sèche en secouant le matériel sans torchon ni serviettes, c’est parait-il plus propre, mais vraiment très chiant !), et remballé tout le matériel dans des caisses en plastique pour les loger dans le container. Et c’est reparti ! J’ai vraiment le sentiment que je dois arrêter de compter les heures de route et me contenter de rouler. Dans ce voyage la route n’aura pas de fin. De toute façon comme je tourne en rond (autour de la terre) je finirai bien par me retrouver un jour chez moi !
Camping auprès de la rivière et soirée dans le lodge avoisinant. Une superbe terrasse en teck abritée de tamaris géants surplombe l’eau tranquille. Nous prenons notre première bière du soir en observant les crocodiles qui remontent à contre courant, bien lentement avec leur éternel air souriant, pour venir sur la berge se faire nourrir. Il y en aura 8, énormes ! Sur l’autre rive un peu plus tard à la stupéfaction générale, 2 léopards grimperont sur la branche tombée d’un arbre. Il paraît que nous avons de la chance. Deux japonaises sont là elles aussi, médusées, s’extasiant tout en sirotant leur cocktail de fruits. Elles prennent des photos bien sûr ! J’en prends aussi d’ailleurs, plus que dans les autres voyages, sans doute à cause de la facilité du numérique. Mais j’ai bien plus de plaisir à écrire, à donner à voir, qu’à prendre en réalité. Je note tout sur un petit carnet pour fabriquer mes articles quand le moment s’en trouvera.
Matin du 13 mai lever 6 heures sans tambour ni trompette mais surtout sans breakfast ni toilette, pour voir les animaux de la réserve au meilleur moment, c'est-à-dire au petit jour. Babouins, famille éléphants, buffalos, girafes en pagaille comme on dit chez moi. Famille hippo dans la rivière. Mais nous n’avons toujours pas vu de lion. Puis douche très rapide et café et c’est encore reparti ! Un vervet (singe scrabblesque car 2 V), avec son bébé, une genette (chat sauvage que je n’ai pas osé jouer à je ne sais plus quel tournoi), enfin vous l’aurez compris, cette balade dans un zoo naturel m’intéresserait davantage si les animaux avaient une étiquette indiquant leur nom en français et leur validité dans l’ODS. Les surprises sont dans chaque buisson, si l’on sait attendre et se taire. Les impalas que nous avons vus avec grand étonnement il y a quelques jours sont ici en troupeaux, et à force de les rencontrer ils nous sont devenus si familiers qu’ils ne nous intéressent pas davantage que les blattes de nos cuisines. Surtout que chez maman des blattes il y en avait aussi par troupeaux, et que quand elle les rencontrait sur la table ou sur une étagère, elle se plaisait à leur dire " Bonjour, petit cancrelat ! Que fais tu là ? ". Alors, voyez, que les animaux ça me connaît !
Le camion passe vraiment partout. Les chemins dans la brousse sont très étroits et bordés d’effroyables acacias munis d’épines acérées. Les branches entrent par les fenêtres et nous devons nous coucher sur les sièges pour ne pas se blesser.
A part les animaux il y a les paysages. J’ai de grands moments de bonheur surtout quand ils sont accompagnés de musique.
Mon organisation tend à s’améliorer mais je souffre tout de même du rythme extra rapide de ce voyage. Le camping sera obligatoire pendant plusieurs jours d’affilée maintenant. On s’habitue à tout et mon matériel est impeccable. Malgré cela, encore beaucoup de difficultés pour monter la tente, la mienne étant trop précaire pour être utilisée dans des endroits aussi peu sûrs que les réserves. Effectivement la nuit, il y a du monde qui vient boire notre eau de vaisselle et il ne faut pas tenter le diable. Et puis, les aléas, le manque de professionnalisme encore : pas de gel douche quand on peut (rarement) en prendre une, dormi sur un matelas qui n’est pas le mien, pas d’eau potable sous la tente pour les médics du soir, égaré ma clef qui ouvre tous les cadenas du camion et mon petit placard perso, etc. Donc quelques moments d’affolement vite oubliés devant l’urgence de tout faire en un minimum de temps : quick shower, quick lunch, quick pi, quick tout. Souvent même pas le temps de fumer une cigarette, ce qui, allez vous me dire, n’est pas plus mal ! Nous avons 13000 km à faire avant d’atteindre Cape Town.

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