Les bestiaux

Récits de voyage > journal de voyage
Kenya - tsavo national parc
de Nadouchka, le 08-05-2005

Les bestiaux

Dimanche 8 mai 2005


Salut à tous,

Je suis à quelques kilomètres de Mombassa, ville dont je n’ai pas vu grand-chose, si ce n’est quelques impressions de la rue : chaleur étouffante et humide, foule d’hommes et de femmes très disparate, chant du muslim et pauvreté usuelle des villes du tiers monde, avec son lot de baraques vendant toujours des choses improbables, et au final moins tristes que les maisons en dur, comme si, lorsque les pauvres voulaient améliorer leur niveau de vie, ils finissaient inexorablement dans une misère encore pire. Ici vivent beaucoup de musulmans, et les robes extrêmement colorées des kenyanes contrastent fortement avec les oiseaux noirs que sont ces femmes totalement voilées à la mode iranienne. Si Dieu existe, prions pour que ces oiseaux de malheur n’effacent pas toutes les couleurs de la planète, malgré la beauté de leurs chants dans les villes qui m’émeut toujours.
Nous avons mis deux jours pour arriver jusqu’ici depuis Nairobi, deux jours complets de camion, bien récompensés par la halte au Tsavo National Park et par cette plage de l’océan indien d’où j’écris à présent.
Le Tsavo National park est une immense réserve d’animaux sauvages où j’ai croisé mon premier éléphant parmi les chacals, les girafes et leurs petits girafons ou girafeaux (je crois que les deux sont acceptés dans l’ODS), les autruches, les babouins si rigolos, les impalas (anagramme de palmais), et autres monstruosités bien connues des clients des zoos. Il est vrai que l’étonnement est immense dans cette sorte de rencontre et qu’on ne regarde pas les animaux de la même manière. Nous progressons très lentement et aussi silencieusement que possible sur des pistes effroyablement boueuses, quand soudain quelqu’un montre du doigt la queue d’une girafe qui se balance derrière un arbre, apeurée par notre approche. Heureusement qu’il n’y a pas que cela à voir, et que les paysages sont superbes, tantôt savane blonde et rêche, tantôt très verdoyants issus d’une terre rouge et épaisse. Puis, ce sont des volcans à l’horizon, des coulées de lave noire et leur végétation vert fluo si émouvante, et tout est immense sous un ciel magnifique et toujours changeant. Nous avons campé en plein milieu de nulle part, assez harassés par la chaleur et la journée de camion, mais dans un endroit très beau où l’on entendait à la tombée de la nuit des cris bizarres impossibles à identifier. On ne peut même pas dire s’il s’agit d’un oiseau ou d’un singe. Enfin, moi, je ne le peux pas. L’usage de ma petite tente m’a été déconseillé dans cette " wilderness " que je ne pourrais traduire que par le terme de " sauvagerie ", notre langue si riche manquant souvent des mots les plus élémentaires.
Tiwi beach, d’où j’écris ce soir, ressemble beaucoup aux plages indonésiennes. La mer est très forte même en deçà de la barrière de corail et incroyablement tiède. Une arrière pensée de tsunami m’a empêchée de me baigner. Les vagues s’échouent sur une plage de sable blanc bordée bien évidemment de cocotiers. Je ne m’étends pas davantage, car cela tout le monde connaît plus ou moins. J’y ai rencontré un homme kenyan de 50 ans qui voulait m’épouser évidemment, après une belle balade au bord de l’eau. Telle une princesse de contes de fée je lui ai rétorqué que je n’épouserai que l’homme capable de me suivre durant tout ce voyage, car j’ai de trop grands pieds pour espérer le prince charmant !
Tout le groupe campe ici. J’ai pris pour ma part une chambre, basique mais propre, pour économiser mes forces. Le groupe est facile, charmant, à la manière anglo-saxonne, c'est-à-dire courtois, souriant et respectueux des autres. Une certaine complicité féminine s’installe dans ce petit gynécée composé de super nanas du monde entier. Les deux accompagnatrices sont des filles extraordinaires, qui vivent toute l’année à bord de leur camion, ou d’un camion semblable. L’une est anglaise et dort sous le camion, l’autre australienne dort sur le toit. Les tâches quotidiennes s’effectuent comme toujours avec les femmes, vite et bien, naturellement et sans ordre. Les procédures sont assez réglées pour tout ce qui les concerne et c’est une bonne chose, qui évite d’en parler. L’hygiène est parfaite, dans la cuisine surtout pour éviter les problèmes. Le matériel est très complet et on trouve à bord du camion bien plus de choses que ne trouvera mon ambassadeur à la maison, et dont je pourrais vous décrire l’usage ! Chacune a sa tâche. J’ai choisi le nettoyage du camion, étant toujours plus à l’aise avec balais et chiffons qu’avec le poids des bagages à sortir chaque soir et la sécurité, sachant combien je suis peu inquiète de tout ce qui peut arriver.
Je ne regrette en aucun cas d’avoir choisi cette solution pour voyager en Afrique. Un trip toute seule aurait été très dur et ne m’aurais sûrement pas permis de voir tant de choses, ni de me rendre dans des lieux aussi isolés que ceux où nous nous arrêtons. Ce ne sera pas un voyage culturel, mais c’est sans problème car la nature ici a vraiment l’air fantastique et me comble. Pour le culturel je ferai le plein en Afrique du sud avec Eliane.
La bière du soir coule à flot comme je l’aime, parmi des conversations que je ne comprends pas mais qui engendrent des rires de femmes communicatifs. Peu à peu les gens se dévoilent : la vétérinaire australienne qui a choisi de s’occuper des chats parce que les distances dans son pays sont trop longues pour s’occuper des moutons, la prof canadienne qui se fait bronzer aux UVA toute l’année, l’étudiante obèse qui va intégrer une business school au retour et qui se demande si elle peut faire du saut à l’élastique, et moi et moi et moi " so frenchie " disent-elles, je ne sais pas encore pourquoi !
Andy le cuisinier est amour de zimbabwéen, jeune et beau, coiffé de magnifiques nattes qui se terminent par des perles colorées. Il est aux petits soins et prépare pas trop mal une cuisine anglaise teintée d’un quelque chose d’africain. C’est très simple : sandwiches à midi, car personne n’a faim après leur petit déjeuner d’haricots rouges et d’œufs frits très gras, dont la cuisson fait l’objet de commandes particulières pour chacun : un retournement ou plusieurs, un manteau blanc ou non, un feu rapide ou faible, c’est selon les goûts. Je me contente de ma tasse de café bien sûr ! Le soir, un plat unique de viande ou de poisson avec des légumes verts et un féculent, et le tour est joué. Le fromage bien entendu, mais aussi les desserts sont bannis, tout le monde grignotant des sucreries toute la journée dans le camion en sirotant des sodas.
J’éprouve un vrai bonheur à écouter de la musique, mais n’ai aucune envie de lire alors que je croule sous le poids des bouquins. Je conseille vivement " Prélude à l’après midi d’un faune " de Debussy sur une terrasse de Nairobi le soir couchant, ou " Une nuit sur le mont chauve " de Moussorvski (orthographe ?) face aux volcans africains. Quant à Cabrel qui me suit partout, il est encore plus délicieux sur les routes africaines qu’à la maison. Il y a trois hommes que j’aurais pu aimer : Cabrel pour son romantisme, Jean Louis Etienne pour ses exploits et Primo Lévi parce que c’est Primo Lévi. Stéphan Zweig sans doute aussi, qui me rappelle mon père, et qui a préféré mourir plutôt que de vivre sous le fascisme. N’ayant jamais eu la chance de croiser aucun des quatre, je reste avec mes rêves !
Du coq à l’âne pour dire qu’il est très difficile de se connecter à Internet. Ici rien ne marche correctement et les souris résistent semble t-il encore plus qu’ailleurs. Le temps m’est aussi compté, non pas financièrement, mais parce que je ne peux pas trouver facilement un moment disponible assez long pour écrire en étant connectée. Aussi pour l’Afrique dois je changer de méthode. J’enverrai aussitôt que je le peux des photos à Martin pour débarrasser mon appareil. Elle les mettra directement sur le site. J’écrirai le soir et essaierai d’envoyer plusieurs articles en même temps aussitôt que j’aurai l’occasion de croiser un cyber café.
C’est pourquoi le site ne sera pas alimenté en temps réel comme je pourrai le faire plus tard, et que les textes seront parfois sans photos et inversement.
Je suis ravie de pouvoir écrire et de retrouver mon français pour un petit moment. J’ai pu lire mes mails ce matin, et c’est un vrai bonheur !
A très bientôt


retour aux autres articles du journal

 

Commentaires sur cet article

Ajouter votre commentairee

Dernieres actualités
18/03/2006 : Epilogue
13/03/2006 : Dernier jour à Rio
14/03/2006 : FIN
12/03/2006 : Dernier dimanche ailleurs.
11/03/2006 : Un jour pour moi
10/03/2006 : Journée carioca, gauche caviar aujourd’hui !
09/03/2006 : Rio c'est bien comme l'a dit (Da)rio Moreno
08/03/2006 : C'est moi la femme de Rio
07/03/2006 : Dernier texte argentin
06/03/2006 : Où suis-je ?
05/03/2006 : C'est la chute finale…
04/03/2006 : dernière étape argentine
03/03/2006 : carnaval
02/03/2006 : J'ai la haine
01/03/2006 : Passage d'un col


Autres liens :

Tags
Les bestiaux - tsavo national parc - Kenya -