Namibie
3 août, Fisher river canyon
Il y a exactement trois mois, jour pour jour, que j’ai quitté Paris. J’ai effectué un quart du voyage à venir. Demain, s’achève la Namibie et commence la quatrième partie de ce périple africain, un mois en Afrique du sud.
Ce devait être la partie la plus difficile du voyage, par la nature des pays traversés. Le bilan est largement positif. Il ne m’est rien arrivé de grave, si ce n’est l’attaque à mains armées de Samburu, dès les premières semaines, ce qui laissait augurer de grandes difficultés à venir qui ne se sont finalement pas produites! La vie s’écoule en fait, naturellement et selon le cours tranquille d’un nouveau modèle : les levers aux aurores, les kilomètres de la journée qui me portent d’étape en étape, les paysages extraordinaires que je traverse en musique et les soirées dans des lieux toujours à découvrir.
Mon univers s’est restreint aux limites de ma voiture et de mon sac de voyage, qui sont devenus le nouveau périmètre de ma vie personnelle, à l’intérieur duquel j’ai marqué mes repères. La vie nomade est bien facile ainsi en voiture, et en goûter le confort me donne envie de poursuivre ainsi le reste du voyage, même si cela implique des frais non prévus. En fait, je crois que la meilleure stratégie consiste à se construire son nid ainsi, autour de l’habitacle et du coffre de sa voiture, qui vous suivent partout, et de faire des concessions sur la qualité du mode d’hébergement. D’autant plus que sans exigences sur ce dernier point, on a de grandes chances de se trouver dans des lieux plus sympas que les lieux très confortables.
La journée anniversaire de mon départ m’a conduite à travers les paysages grandioses du sud namibien, région la plus désertique de tout le pays. Je découvre le matin le Giant Play Ground, un amoncellement de roches roses et géométriques, qui tiennent les unes sur les autres comme par miracle. On se croirait effectivement au milieu d’une construction géante, réalisée par de petites mains enfantines avec des cubes, qui auraient cherché à trouver un équilibre, mais qui ne seraient pas encore assez habiles pour le réaliser par l’alignement des pièces. Au milieu de ces roches, poussent des plantes grasses inespérées et ces fameux arbres à carquois. C’est un lieu très beau dans lequel se promener est un enchantement.
Puis ce sont les longues heures de piste jusqu’au canyon, à travers de gigantesques plaines entourées de hauts plateaux tabulaires, dont les crêtes parfaitement rectilignes sont parfois cisaillées d’une fente presque perpendiculaire. Tout est rose toujours, et la musique magnifie un spectacle permanent qui dure plusieurs heures.
Une retenue d’eau, Naume Dam, crée un petit lac sauvage irréel quand on le découvre. Le contraste du bleu azur de sa surface avec le rouge des roches qui l’entourent est saisissant de beauté. Des milliers d’oiseaux sont là qui pépient, et que les ornithologues adoreraient contempler.
Je parviens enfin au canyon, que l’on domine des sommets du plateau, avec des vieux bests de Ray Charles. C’est soudain l’Amérique et son Colorado ! Tout au fond des falaises, taillées en niveaux distincts qui marquent les différentes périodes de leur érosion par les eaux, une petite rivière bleue, banalement nommée Fish river. Elle est la seule rivière, avec la rivière Kunene à la frontière de l’Angola au nord, qui résiste à la saison sèche dans ce pays, et coule toute l’année. Elle n’est ni large ni tumultueuse, juste un cordon bleu bien tranquille, qui a sculpté le paysage, et que l’on regarde comme un miracle après tant de roches et de sable, tant de centaines de kilomètres sans aucune trace d’eau.
J’ai tant de plaisir à ce spectacle que je quitte trop tard les sommets du canyon pour me rendre à l’hébergement le plus proche, qui se trouve tout au fond. La route est effrayante, sinueuse, et bordée de rochers noirs gigantesques. Le soleil flamboyant qui se couche éclaire de rouge ces grosses masses, avant qu’elles ne tombent dans l’obscurité. La route n’en finit pas et je commence à m’inquiéter. Je ne croise toujours aucun véhicule et n’aimerais pas passer la nuit là !
Je parviens au campement la nuit déjà bien tombée. C’est Hot Springs, une source d’eau chaude miraculeuse qui coule là dans le creux du canyon, et qui a justifié la création d’un établissement thermal, ici en plein désert ! Deux piscines permettent aux rhumatisants et aux touristes de profiter du bienfait des eaux. C’est surréaliste !
Pour trouver une chambre, je me trouve comme souvent face à la difficulté d’être une voyageuse solitaire. Tout est prévu ici pour deux à quatre personnes, et il me faut donc payer deux à quatre fois plus que le prix normal. J’essaie parfois de négocier, et ce n’est pas toujours couronné de succès. Je parviens ce soir à trouver pour moitié prix un dortoir dont l’aménagement n’est pas encore terminé, mais il faut palabrer longtemps pour y réussir.
J’ai cette même difficulté avec les petits déjeuners, prévus comme de véritables repas que je ne peux pas prendre le matin. Le cas de la touriste qui se contente d’un café et d’une tranche de pain, que je beurre cependant ici pour améliorer mon ordinaire, n’existe pas, et je dois payer pour cela le prix d’un vrai repas.
J’en tire donc la conclusion que le seul modèle retenu par les concepteurs du tourisme dans ce pays, est celui de la tribu qui se goinfre de cholestérol tous les matins aux aurores !
Je me rends compte, oh comble de malheur ! , que j’ai laissé mon masque de velours à l’hôtel précédent. Cette fois ci il est bien perdu !
Un rien vous manque et tout est dépeuplé ! Plus que partout et jamais, je suis attachée au peu que je possède, et qui m’accompagne. Non pas pour la valeur que cela représente, mais parce que chaque objet a dans ma vie d’aujourd’hui une fonction précise et vitale, et qu’il fait partie du petit univers que je me suis construit et qui me rassure. Perdre, ne serait ce qu’un petit accessoire, déstabilise tout le système et moi avec !
Allez ! Je m’en remettrai ! Il me faut trouver une solution de remplacement.
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