Namibie
1er août, Lüderitz
Pour arriver à ce bout du monde il faut parcourir 120 kilomètres de route goudronnée à travers les sables, depuis l’intérieur des terres. Au nord de cette ville, 700km de désert absolu, sans aucune route ni piste ni point d’eau, ces kilomètres de dunes vierges que Deon a effectués à pied en 18 jours, et qui s’échouent dans l’Atlantique. Au sud, 600 kilomètres de même désert, interdits à tout être humain, en dehors de ceux qui travaillent pour les mines de diamants. C’est une des plus grandes zones diamantifères du monde, absolument impénétrable. Telle est la situation de Lüderitz, petite ville côtière qui vit de la pêche et de l’industrie du poisson.
La ville est totalement germanique par son architecture composée de lourdes maisons aux toits pentus, comme si la neige était à craindre ici en plein désert du Namib. Les rues sont des « strasses » et les enseignes des magasins écrites en caractères gothiques. On y voit des clochers de quelques petites églises disgracieuses qui dominent la baie et le port, où de gros chaluts attendent la tombée de la nuit pour sortir, et où des plongeurs aventuriers, chercheurs de diamants, attendent les sorties en mer.
Tout autour de la ville, sur la péninsule qui l’entoure, le sable a fait place à une pierre noire érodée assez effrayante qui borde le littoral. Ce n’est plus tout à fait la terre ici, ce pourrait être ce que l’on imagine de Mars ou de Saturne. Mais c’est pourtant bien la mer, dont l’air iodé balayé par les vents vous frappe le visage. Le courant qui passe par là est le Benguela, un courant très froid qui rend glaciales les eaux des quelques baies sauvages où l’on pourrait se baigner. Un grand phare domine l’entrée de la baie, surréaliste dans ce décor désertique.
La ville est noire. C’est une ville de travailleurs, pêcheurs ou ouvriers des pêcheries, qui se promènent en bleu de travail dans les rues. Pour la première fois depuis que je suis en Namibie j’éprouve le sentiment d’une ville namibienne authentique, dont les blancs sont absents. Les quelques blancs qui y résident disent la ville peu sûre, en particulier pour les quelques touristes qui s’aventurent par là.
Le tour de la péninsule en voiture sur des pistes où je n’ai rencontré personne est assez angoissant, mais beau. Puis, les pistes s’arrêtent. On ne peut pas aller plus loin sans entrer dans la zone diamantifère interdite, jusqu’à la frontière avec l’Afrique du Sud.
Une ville de chercheurs de diamants, désormais envahie par les sables, se visite sur la route entre Aus et Lüderitz. Les bâtiments sont restés debout mais ouverts à tous vents. On y voit un casino, un hôpital, une école et les demeures art déco des cadres de la mine. C’est un monde sinistre peuplé de fantômes. Cela s’appelle « ghost town ». 1200 hommes et leur famille, tous allemands, vivaient là au milieu du désert, entre 1910 et 1950, jusqu’à ce que les moyens techniques d’extraction évoluent, et que d’autres mines deviennent plus rentables.
Un musée montre des photos et des objets ayant appartenu à ces chercheurs, et l’on voit les hommes à plat ventre dans le sable ramasser les pierres précieuses à l’œil nu, les enfants de l’école donner une représentation de fin d’année sous l’aigle allemand et la svastika.
Il se dégage de ce lieu une impression d’étrangeté totale. Est-on en Afrique ou en Europe ? Dans le désert ou au bord de la mer ? Dans une ville industrielle ou de villégiature ? Dans le présent ou dans le passé ? C’est Lüderitz, un endroit unique en son genre, que l’on peut regarder comme beau ou laid.
J’ai trouvé une auberge, dite « backpackers », qui propose quelques chambres en dehors des dortoirs, au centre de la ville. La maison est très sympa, avec une cuisine et des sanitaires partagés, un salon et une salle à manger. J’y suis la seule habitante jusqu’à la tombée de la nuit où viennent me rejoindre trois français, avec lesquels je passe une partie de la soirée. Ce sont des profs au collège des Tarterets ! Nous échangeons des impressions de voyage et j’éprouve le sentiment que je les connais depuis toujours.
Cela est sans doute du à l’atmosphère très familiale et chaleureuse de ce salon, où l’on se sent comme à la maison. J’essaierai désormais de me rendre plus souvent dans ce type de lieux, peu chers et propices aux rencontres.
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