Nouvelle-Zélande
17 novembre, Abel Tasman national park
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Cette journée là était rare, une journée de pur bonheur comme on en aimerait plus souvent. Une journée qui fait oublier toutes les autres, et à la fin de laquelle on voudrait vivre très longtemps, et tout faire pour que cela se réalise. Une journée qui fait regretter de ne pas toujours savoir combien la vie est chouette et vaut la peine d’être vécue, y compris avec ses moments difficiles et ses peines.
Elle démarre par une croisière sur les rivages du parc national Abel Tasman, le dos en quelque sorte du bout du monde que je décrivais un peu plus haut à Karamea. L’autre versant de ce bout. Trois heures de bateau sur une mer bleu-vert sombre et profonde, car c’est une journée sans soleil, mais néanmoins complètement translucide et étale. C’est toujours la mer de Tasman mais dans cette partie nord du pays, l’île sud est protégée par une gigantesque baie qui a eu raison de sa furie. Sur les rivages, des collines toujours aussi luxuriantes d’une verdure qui atteint la mer, qui pousse même sur les roches de granit, qui dégouline des sommets dans une cascade de plantes et d’arbres, dont triomphent les arbres fougères, gigantesques parasols d’un vert plus clair que l’on distingue toujours parfaitement du reste. Sur les rochers paressent des phoques. Dans l’eau des dauphins dansent autour du bateau, qui avance de crique en crique, de plage en plage, désertes toujours, et immaculées. Il fait froid mais je suis bien. Mon bonnet aux dents d’opossum fait merveille !
Puis je quitte le bateau pour marcher sur le chemin du retour, petit sentier qui parcoure les collines à travers la forêt, qui croise sans cesse des ruisseaux et des cascades, qui surplombe les plages dont on entrevoit le sable doré à travers les arbres qui le bordent. Des trouées de mer bleu et verte à travers des trouées de feuillage, dans le glouglou constant de l’eau qui ruisselle et des vagues douces qui viennent s’échouer un peu plus bas. Je ne marche plus, je vole littéralement ! Pendant 5 heures.
En fin d’après midi le soleil revient et le memory stick de l’appareil photo me laisse le temps de quelques rares clichés où les couleurs prennent alors leur vrai sens. Je ne peux plus dire à quel point ce pays est beau !
Il me reste en soirée 80 kilomètres à parcourir sur une route escarpée de montagne qui domine la mer. Je fais danser la Toyota Corolla ! J’ai de plus en plus de plaisir à conduire, surtout sur les routes en lacets, et mon ersatz de MP3 m’offre alors contre toute attente prélude et mort d’Isolde. Pour moi la plus belle pièce musicale jamais écrite. Le pied !
Décidément cet ersatz de musique trouvé au fin fond de mon ordinateur n’est pas mal du tout.
Je trouve un backpacker dans la vallée et nous nous retrouvons une dizaine autour de la table, chacun avec son propre dîner, tous de pays différents ! La conversation vient sur la Hollande, un des hôtes étant hollandais. Et l’on parle des polders, du gouda, et des tulipes, jusqu’à ce qu’on me demande si je me suis déjà rendue dans ce pays. Quand je raconte que je suis allée il y a deux ans, tout exprès aller-retour express, à Rotterdam pour l’exposition Jérôme Bosch, personne ne connaît ce peintre même de nom, et c’est tout juste s’ils ne se moquent pas de moi. Mais ce n’est pas possible dans quel monde d’inculture vit-on ? Je suis devenue une zombie sur cette planète ou quoi ?
Jérôme Bosch n’existe-t-il plus que pour moi, et pour quelques rares zombis comme moi ? Va-t-il disparaître de la mémoire collective ? C’était la seule ombre de cette journée.
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