Voyage vers la Tanzanie

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Tanzanie - Kisumu
de nadouchka, le 12-06-2005

Voyage vers la Tanzanie

Tanzanie

12 juin, voyage vers la Tanzanie

C’est dimanche ce matin, un dimanche radieux de soleil. Jour de lessive comme partout, le linge est étendu où il peut, sur l’herbe souvent, sur le devant des maisons. Des jeunes filles prennent le temps de se faire faire des tresses par de plus âgées. Tout le monde est bien habillé pour l’église et un grand nombre de gens marchent sur la piste de terre rouge bordée de champs de maïs ou de thé, ou y circulent à bicyclette. Les hommes en chemisettes propres arborent parfois une veste de costume, les femmes en robes longues très colorées et très gaies avancent en groupe, et les petites filles en robes roses ou blanches souvent trop grandes pour elles, ornées de manches ballon et de volants, avancent en balançant les hanches au rythme du pas de leurs parents. Ca et là des papas, tout fiers, se promènent avec leurs petits garçons tout propres qui leur tiennent la main.

Les kenyans sont très catholiques et les églises sont partout, non pas comme chez nous, hideuses et arrogantes avec leurs sculptures baroques et leurs clochers, mais ressemblant à de simples maisons sur lesquelles est écrit " church ". Ce sont des églises toujours signalées et souvent affublées de slogans à la gloire de Dieu, qui nous sauve par la prière paraît-il, qui revient bientôt, qui est toujours là parmi nous, etc. Jésus super star, encore et encore… Des nonnes en blanc avec cornettes, comme nous n’en voyons plus guère, s’y rendent ou en reviennent. Des gospels s’échappent des portails.

Le voyage de Siegfried sur le Rhin, de la tétralogie de Wagner, sied bien mal au paysage de bananiers, mais finalement pourquoi pas ?

Sur la route un adolescent jette des pierres sur l’arrière du camion, là où le nom d’Héléna est inscrit en grosses lettres incurvées comme on en trouve dans le graphisme des cirques. Ian en descend furieux, et du haut de ses deux mètres, lui court après avec une massue. L’enfant terrifié détale à toutes jambes en hurlant !

Au bord du lac Victoria sur un autre versant que le versant ougandais, nous parvenons à la ville de Kisumu, ville moderne, déserte en ce dimanche.

Il fait très chaud aujourd’hui et les enfants se rafraîchissent dans la moindre flaque d’eau, dans des petites mares glauques où l’on ne déverserait pas même ses déchets. Les gens se reposent. Certains sont allongés à plat ventre dans les champs. Toutes les boutiques sont fermées. Les bus bondés transportent des gens chargés de gros paquets qui vont rendre visite à leur famille. Les femmes abritent leurs tout petits du soleil sous des parapluies aux baleines apparentes, au risque de leur crever les yeux.

Nous déjeunons sur l’horrible talus d’une station service en plein soleil, et je ne peux m’abriter qu’à l’ombre d’une pompe. Le pique nique romantique semble totalement ignoré de ces anglo-saxons, qui n’effectuent jamais le moindre effort pour rechercher un lieu agréable. En fait il ne semble exister chez eux aucune association entre la nourriture et l’esthétique. Ce qu’ils mangent est laid, même si cela n’est pas toujours mauvais. Les lieux où l’on mange le sont aussi. Cela semble n’avoir aucune importance pour eux. Ils se nourrissent, c’est tout.

Nous parvenons à la frontière tanzanienne où évidemment Coca Cola nous souhaite la " karibu ", la bienvenue sans doute. Ce Coca Cola avec ses enseignes rouges agressives est ici partout. Sur la route on croise sans cesse de toutes petites échoppes de bois, peintes en vermillon, et affublées d’une grosse enseigne au nom de la marque, qui semble ici avoir le monopole de tous les cafés. Coca Cola subventionne ou crée ces minuscules débits de boisson, dotés d’une petite terrasse entourée de barrières rouges et blanches. Existe-t-il un pays en ce monde qui ait pu lui échapper ? Ce n’est pas sûr !

Un camion venant en sens inverse sur la route à toute allure, brise notre rétroviseur. Nouvelle fureur de Ian, qui jure " fuck off ! ".




La route est longue et il fait toujours très chaud. Nous sommes agressés dans le camion par un interminable essaim de mouches tsé- tsé qui piquent salement, et que rien ne parvient à disperser. Je souffre de ne pas pouvoir bouger, de la crasse qui colle à ma peau, et de la musique du truck à laquelle je ne peux pas échapper. Je suis fatiguée. Les routes semblent meilleures ici, bien marquées et dotées d’accotements stabilisés, et de pistes pour cyclistes et piétons. Mais, il faut attendre 18h30 pour commencer à ressentir un peu de fraîcheur, malgré le soleil qui aujourd’hui a décidé de se maintenir plus tard qu’à l’accoutumée. Il nous faut encore deux heures de route avant d’atteindre le campement au bord du lac Victoria, sans espoir de pouvoir immédiatement m’y reposer : je suis de corvée de patates ! Courageusement je résiste à la tentation de me faire remplacer, et ne peut regagner ma chambre qu’à presque 22 heures. La chambre est étonnamment moderne et confortable, comme celle d’un véritable hôtel. Je m’écroule aussitôt. Nous avons roulé 12 heures d’affilée avec le seul horrible pique-nique comme temps de pause.

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