Une petite tempête sur le lac Kariba retarde notre retour vers le truck prévu ce matin. Il ne s’agit pas de grand-chose, mais notre bateau à fond plat ne peut pas traverser le lac dans ces conditions.
J’en profite pour mettre un peu d’ordre dans mes photos avant d’être submergée d’images que je vais peu à peu confondre ou ne plus savoir identifier. Je trouve mes photos médiocres et décevantes en général. Je traîne sur le bateau, finissant le bouquin d’Alejo Carpentier, entre deux siestes dans ma cabine obscure.
Je ne suis plus connectée à Internet depuis bientôt 10 jours et espère ce soir à Livingstone, ancienne capitale de la Rhodésie du sud, donc de l’actuelle Zambie, trouver la possibilité d’adresser mes textes.
Nous n’arrivons au port que tard dans la soirée, bien après la tombée de la nuit, et il nous faut encore 6 heures de camion avant d’atteindre Livingstone. La préparation du dîner du soir dans l’obscurité est pénible. Puis ce sont de longues heures de route dans le noir, recroquevillée sur mon siège, un petit oreiller en appui-tête, pendant lesquelles je somnole, entre deux frissons. Il fait désormais froid la nuit, et le chauffeur s’obstine à maintenir les fenêtres ouvertes pour ne pas s’endormir.
Il est deux heures du matin lorsque nous atteignons le campement de Livingstone où il faut monter la tente à tâtons, à la lumière de la torche. Mon corps déjà engourdi par le sommeil lutte un moment contre l’air glacial, puis je m’effondre.
Il
[intervention exceptionnelle du scribe :
La narratrice s’étant de toute évidence effondrée avant la fin de l’épisode, nous avons volontairement maintenu le caractère inachevé de son récit, pour que le lecteur puisse en mesurer concrètement la dimension réaliste. A moins qu’il ne s’agisse d’une interruption inopinée de la connection internet. Drame humain ou incident technique ? Le scribe ne saurait trancher…]