Zambie
4 juillet, vers le lac Kariba
Ma décision est prise. Je quitte le groupe dès que possible. Je vais l’annoncer à Anna sur le bateau de croisière qui nous attend au lac Kariba, et sur lequel nous devons rester 2 nuits.
Mes démangeaisons se sont calmées cette nuit. La cortisone marche comme prévu. Je fais appel à la vétérinaire australienne du groupe, qui n’a jamais piqué un être humain, à la femme flic qui a pris récemment des cours de secourisme, et à l’épouse australienne du couple que j’aime bien et qui a été infirmière il y a 35 ans, pour la deuxième injection que je dois avoir ce matin. A elles 3, s’encourageant mutuellement, mais manifestant toutes une certaine anxiété, elles se débrouillent de la situation, encouragées par la patiente !
La perspective de m’offrir en cadeau la Namibie pour moi toute seule, me redonne de l’enthousiasme. C’est certainement de tous les pays que je vais traverser sur ce continent celui qui m’attire le plus, parce qu’il est un des pays le moins peuplé du monde, qu’il a une incroyable histoire de colonialisme allemand, et qu’il recèle le trésor du désert du Namib, l’un des plus beaux du monde, avec ses dunes orange qui tombent directement dans l’océan atlantique. Enfin l’aventure, la vraie. Il est temps maintenant pour moi.
Pousser ma liberté le plus loin possible, voilà le but désormais. Je l’ai toujours plus ou moins poursuivi, et chaque fois que je l’ai frôlé en ai toujours été ivre de bonheur. Le chemin est long et difficile, mais j’ai le sentiment qu’avec ce projet je m’approche désormais du but. La Namibie sera mon premier terrain d’expérimentation de l’ivresse unique que procure le pouvoir de la liberté !
Je n’éprouve plus de craintes concernant ma capacité à me débrouiller seule ici. Le voyage que je viens de faire n’a d’aventureux que le nom. Tout est bordé, " procéduré ", contrôlé, et la sécurité une véritable obsession. J’ai désormais appris à avoir les réflexes nécessaires et à me repérer dans l’organisation des villes, sur les routes et dans la conduite à gauche. 9 semaines passées derrière le chauffeur du truck, et je conduis déjà mentalement à sa place.
Les routes sont bonnes en Namibie, évidemment puisqu’elles ont été construites par les allemands ! L’idéal serait de pouvoir louer une voiture, ou un 4X4 si nécessaire, pour pouvoir transporter tout mon barda. Il est possible aussi que le truck accepte d’en garder une partie jusqu’à Cape Town. Je dois négocier finement avec Anna, et garder les meilleures relations possibles avec l’organisme de voyage, d’une part pour espérer un peu d’argent en retour, mais aussi pour profiter de sa connaissance des itinéraires qui m’attendent, et sur lesquels elle doit pouvoir me conseiller utilement. Car je crains de ne pas trouver les guides nécessaires avant de me retrouver seule, en tous les cas pas en français.
Le principal problème qui m’attend en Namibie concerne les distances très importantes qu’il faut parcourir d’un point à un autre, sur des routes souvent absolument désertes, avec très peu de points possibles pour s’arrêter. Ne connaissant strictement rien à la mécanique, je devrais alors attendre d’éventuels secours, la probabilité d’un bon fonctionnement du réseau téléphonique étant très faible. Prévoir des jerricans d’eau et d’essence pour pouvoir en toutes circonstances patienter !
Mais revenons à ce jour. La route continue toujours la même à travers le bush calciné, mais ce matin sous une sorte de soleil froid. Nous nous sommes suffisamment éloignés de l’équateur maintenant pour ressentir l’atmosphère australe, qui sera de plus en plus la notre au fur et à mesure de notre avancée vers le sud du continent africain.
Nous atteignons le lac Kariba à l’heure du déjeuner, et qu’il est bon de voir de l’eau bleue après tant de noirceur. Nous embarquons sur un " house boat ", sorte de péniche à étages, qui fait penser aux bateaux de Louisiane, les roues en moins.
J’hérite, je ne sais par quel mystérieux processus, d’une cabine seule, dotée de toilettes et d’une douche privée. Le bonheur ! Je lave avec délices cette peau tellement meurtrie par les boutons, desséchée par la poussière, et noircie par la crasse. Mon rash est terminé semble t-il, et je me sens revivre. Je brosse mes pieds, mes ongles à la Javel. Je revêts des vêtements propres.
Je profite de mon bon état d’esprit pour parler à Anna de mon départ. Elle ne manifeste aucune réaction et ne pose aucune question, se contentant d’enregistrer ce que je dis. Je pense qu’elle est structurée de telle façon qu’elle ne peut pas se mettre à l’écoute d’une personne en particulier, ni encore moins entendre des choses désagréables qui pourraient la concerner ou la remettre en cause. Je respecte, et accepte sa proposition de m’aider dans l’organisation de mon projet. Elle garde ainsi la face, comme disent les chinois, maintenant son statut de leader du voyage. J’y gagne en conseils et en facilité certainement.
Aussitôt sortis du truck, placés devant des tables, des vraies, disposant d’un minimum d’espace et d’un contact avec la nature, le groupe revit. L’apéro du soir que j’offre à certains est très sympathique. L’arrivée sous le coucher du soleil dans la baie tranquille de l’île où nous faisons escale pour la nuit est magnifique. Le dîner avec l’une des deux K à mes côtés et nos échanges sur les problèmes actuels que connaît le Zimbabwe, sont intéressants. La soirée passée avec une bonne partie du groupe sur le pont supérieur, dans l’obscurité totale d’une nuit pratiquement sans lune, sous un ciel intensément étoilé et barré d’une voie lactée dense et épaisse, est un petit moment de bonheur. Je fais un vœu pour ma première étoile vivante : que mon voyage en Namibie soit un succès.
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